Élise Turcotte, écrivaine en 
résidence à l’UQAR

Élise Turcotte, écrivaine en 
résidence à l’UQAR

1 mars 2008 par 

Étudiants et passionnés des lettres, nous avons rencontré Élise Turcotte, qui s’est prêtée à notre petit interrogatoire sur l’avenir des jeunes écrivains en région, nous éclairant également sur son travail et sur sa perception plus générale de l’écriture. Le contexte était tentant. Elle était, au début du mois de novembre, au Salon du livre de Rimouski et présentait son plus récent livre intitulé Pourquoi faire une maison avec ses morts. Écrivaine en résidence à l’Université du Québec à Rimouski, elle vaque maintenant à d’autres projets, notamment un recueil de poésie et un roman.

Nous avons ainsi pu discuter longuement du travail d’écriture et de ce que ça implique, principalement pour des jeunes auteurs vivant en région. Possible pour un jeune de Rimouski d’être publié à grande échelle? « Mais bien sûr! » Écrire est surtout une question de choix, de passion et de ténacité. Il faut être curieux. La région offre aussi certains avantages : le fleuve, par exemple, qui fait fantasmer plusieurs écrivains, dont Élise Turcotte, et le travail hors de l’agitation du milieu littéraire!

Marraine à l’Union des écrivains du Québec (UNEQ)1, qui offre un type de parrainage pour les jeunes écrivains qui ne sont pas encore publiés, elle est consciente que peu importe l’endroit où l’on écrit, les premières armes sont dures à faire. Le processus d’aide permet au parrainé d’avoir les commentaires d’un écrivain aguerri pour diriger son écriture. Avis aux intéressés, la liste d’attente est, semble-t-il, plutôt longue, alors il faut s’y prendre rapidement si vous avez un manuscrit en main!

Elle enseigne à ses élèves ce qu’il y de fondamental dans le métier : écrire, lire, comprendre sa langue, s’y atteler pour faire son chemin. « J’aime voir des jeunes passionnés, des têtes chercheuses, qui sont conscients que leur imaginaire compte. » Elle espère que les jeunes auteurs n’auront pas peur de poser les questions que la société refuse de se poser. « L’écriture part du NON. Elle a un rôle de contestation du sens commun et doit échapper aux lois du marché. »

Pour Élise Turcotte, l’écriture demeure un geste sensuel, concret. Lisant à haute voix ses textes, dansant parfois avant de se mettre à l’œuvre, elle se permet ainsi d’ « écrire sur terre ». Elle offre dans ses écrits une exploration sensible de la dualité humaine : l’impossibilité d’être dans le monde malgré la volonté d’y être, où l’on ressent toute la précarité de l’existence. La temporalité est marquée de ce fer rouge de la fin. Par ailleurs, elle voit le temps comme une texture importante du livre : la rédaction d’un roman est habituellement longue, pouvant durer quatre ou cinq ans, ce qui permet au monde imaginé de se densifier. Observatrice, elle écoute et prend des notes, les tables de restaurants voisines sont souvent épiées…

C’est un travail du mot à mot. À partir d’une image se déploie souvent un roman. Les lieux, les personnages peuvent parfois prendre six mois avant d’être nommés et définitivement choisis. Laissant l’écriture monter, elle met les conventions de côté lorsqu’elle tient la plume, sans savoir la fin bien souvent. C’est ce doute qui la fait créer. « Après 30 ans d’écriture, je commence à comprendre comment je travaille. » Elle part à la découverte de ce qu’elle ignore, comme si elle lisait à mesure qu’elle écrit…

Née le 26 juin 1957, Élise Turcotte est plongée très jeune dans l’univers des mots. À 17 ans, elle est déjà entourée d’écrivains bien connus, comme Claude Beausoleil et Nicole Brossard, et participe à la revue La Barre du jour. Dès 1980, elle publie un recueil de nouvelles intitulé La Mer à boire, avant de se faire remarquer par un premier recueil de poèmes, Dans le delta de la nuit. Peu de temps après, elle en publie un second, Navires de guerre. Au cours de sa carrière d’écrivaine, Élise Turcotte a remporté plusieurs prix, dont deux pour son recueil Sombre ménagerie, qui lui aura mérité le Grand Prix du festival international de la poésie 2002 et le prix de poésie Terrasses Saint-Sulpice de la revue Estuaire 2002. Elle a aussi remporté, en 2003, le prix du Gouverneur général pour La maison étrangère. Elle avait également gagné, en 1989, le prix Émile Nelligan. Plusieurs de ses œuvres sont traduites en catalan, en anglais et en espagnol. Elle enseigne maintenant au cégep du Vieux-Montréal.

___________ Notes: 1. www.uneq.qc.ca
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