52 minutes de 
pur ravissement

Cabines de Johanne Fournier

52 minutes de 
pur ravissement

1 mars 2008 par 

En janvier dernier, j’ai su qu’un nouveau festival était né en Gaspésie : Les Percéides, la première édition de la Nuit du cinéma à Percé. Quelle idée géniale ! De 19 heures à minuit, on allait projeter, sur le mur extérieur blanc d’un ancien entrepôt de glace pour la pêche à la morue situé en front de mer, des films québécois majeurs, courts et longs métrages, passés et récents (Mon oncle Antoine (1971) de Claude Jutra ou Madame Tutli Futli (2007), un film d’animation de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski). C’est en m’intéressant à la programmation que j’ai appris l’existence de Cabines et que ma curiosité a été piquée.

Depuis, j’ai pu visionner le documentaire de Johanne Fournier, cinéaste de Matane, et je n’ai pas été déçue, bien au contraire! De Berthier-sur-Mer à Percé, en passant par Sainte-Luce-sur-Mer, Baie-des-Sables, Mont-Saint-Pierre, Madeleine-Centre ou Miguasha, le film pose, sur quelque mille kilomètres du littoral, un regard fasciné, évocateur et captivant sur ces petites cabines qui ponctuent le paysage de l’Est du Québec et qui ont pris de la patine au fil des saisons. Fermées l’hiver mais tout de même visitées par la cinéaste, elles sont témoins des splendides amoncellements de glace qui apparaissent sur la banquise.

Johanne Fournier propose un voyage hors du temps où l’on ne rencontre les touristes que dans des films ou des photos d’archives de particuliers. Un voyage hors-saison qui se met en mouvement au moyen de longs travellings ou qui offre le plaisir de s’arrêter au moyen de plans fixes, le temps de regarder la lumière se déposer sur le fleuve, s’accrocher aux rouleaux de brume qui s’avancent lentement vers la caméra. Le temps d’écouter en contrepoint les vaguelettes frapper le rivage ou le vent caresser le blé de mer.

Ces cabines, en plus d’ouvrir de multiples fenêtres sur le Saint-Laurent, ont chacune une âme bien à elle. Qu’elles soient à l’abandon ou toutes pimpantes, elles abritent la vie et les rêves de ceux et celles qui les ont construites et en ont pris soin.

Je pense à cet homme de 77 ans, propriétaire des Chalets Vermont à Mont-Saint-Pierre, qui raconte que son grand-père, dans les années 1850, partait de Montmagny avec d’autres hommes et qu’ils faisaient le voyage en chaloupe pour venir ouvrir le village au printemps… Les gens qui ont pris part à l’aventure du film font figure de résistants.

Lisons Johanne Fournier parler elle-même de son film : « Plusieurs des personnages et des lieux du film sont dans la région. Louise et Pierrette, femmes de chambres et de complicité, officient depuis quarante ans à l’Auberge Sainte-Luce. Le Domaine de la Plage, les chalets de l’Anse-au-Sable et ceux du Petit Miami font également partie du voyage. Aux Chalets Bellevue, Louise aménage avec un plaisir évident les six maisonnettes qu’elle et son chum ont acquises récemment. Il y a aussi Colette et Hélène qui nettoient chaque jour les moustiquaires des portes et des fenêtres des cabines Bel Azur pour ne pas que les araignées s’installent; plus tard, à l’automne, Philippe et Pierre posent devant les ouvertures les panneaux de veneer avant l’hiver. À Trois-Pistoles, les sœurs Leclerc et leur mère de quatre-vingt-dix-ans se demandent combien de temps encore elles vont garder ouvertes leurs cabines Riviera : “l’année prochaine, probablement, mais après, on le sait pas.”»

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