Région à vendre, pas cher!

Lettre De Ma Bergerie

Région à vendre, pas cher!

1 novembre 2007 par 

Je m’interroge sur ce qui se passe présentement au Québec, plus précisément dans notre région. La liste des compagnies québécoises passées aux mains d’entreprises étrangères commence à être longue, très longue (par exemple les compagnies minières, forestières, agroalimentaires, etc.), et cela ne semble pas déranger grand monde.

Et, maintenant, c’est la vente presque à l’encan de notre région. « Région à vendre, pas cher! » Les compagnies étrangères intéressées à installer d’énormes parcs éoliens semblent très bien contrôler la situation. Les stratégies plus ou moins honnêtes pour en venir à leurs fins fonctionnent très bien. Ces compagnies, dont les sièges sociaux sont à des milliers de kilomètres d’ici, ne parlent même pas notre langue et semblent se ficher pas mal de l’endroit où elles installeront leurs monstres éoliens. Le Québec est un grand territoire, peu ou pas habité dans certaines régions, mais ces étrangères mondialisées qui semblent très bien contrôler le bal préfèrent venir s’installer sur un territoire agricole, à travers les maisons, parmi le monde, sur des fermes, dans des petits boisés qui sont des refuges pour les animaux et aussi pour beaucoup d’humains.

Au diable les terres agricoles, les petites forêts, les paysages, la tranquillité, au diable tout ce qui fait le cachet de notre région et même notre identité!

Quand j’étais plus jeune, on nous disait souvent que nous, les Québécois, on avait toujours été des porteurs d’eau. On était des bons employés : honnêtes, vaillants, soumis. Avec la nationalisation de l’électricité au début des années 60, on aurait dit que le Québec voulait se prendre en main. « Maîtres chez nous », disait le slogan des Libéraux de Jean Lesage.

Depuis ce temps, c’est vrai qu’on s’est pris en main. Beaucoup d’entreprises québécoises ont vu le jour et beaucoup ont eu du succès. Mais depuis la locomotive de la mondialisation, eh bien, tout est à vendre. On vend, puis on se « pète » les bretelles et on ouvre la bouteille de champagne, soi disant parce qu’on a vendu à un bon prix. Quand le magot sera dépensé et qu’on ne contrôlera plus rien, est-ce qu’on redeviendra des porteurs d’eau?

Je crois sincèrement qu’avec la venue de ces grands parcs éoliens, il n’y aura pas seulement que le paysage qui sera brisé.

Que fait l’UPA dans ce dossier, à part, paraît-il, négocier les prix des redevances pour les agriculteurs? Elle les a négociés à rabais, trois fois moins cher ici qu’en Montérégie. Pourtant, notre cotisation obligatoire payée à l’UPA est la même qu’en Montérégie. Nous payons l’électricité le même prix qu’en Montérégie et nos coûts de production sont souvent plus élevés qu’en Montérégie, mais ces multinationales qui veulent venir nous exploiter ont fait savoir à l’UPA que le prix des terres agricoles est moins élevé ici, et c’est sur cela, et seulement sur cela, qu’il faudrait se baser.

Où est Hydro-Québec? C’est comme si notre société d’État avait parachuté ces projets dans nos régions sans nous demander notre avis et sans nous fournir d’explication. En fait, elle pourrait nous dire à qui est destinée cette électricité dispendieuse à produire et pourquoi on donne ces projets à l’entreprise privée. Est-ce que c’est vraiment Hydro-Québec qui contrôle le bal?

Où est le Parti québécois? Ce parti qui nous a toujours parlé de souveraineté ne semble pas considérer que l’énergie éolienne produite au Québec fait partie d’une certaine souveraineté.

Où est le parti de Mario Dumont qui nous parle d’autonomie? Partager ce domaine où on est autonome à 100% avec des multinationales étrangères, est-ce que c’est de l’autonomie raisonnable?

Où est le Parti libéral au pouvoir? Est-ce qu’il se fait tout dicter par ces compagnies extrêmement riches, assez riches pour tout acheter?

Où est le Bloc québecois dont la principale raison d’exister est de repatrier tous les pouvoirs détenus par Ottawa? Nous détenons déjà tous les pouvoirs dans ce domaine avec Hydro-Québec, mais nous n’entendons pas parler le Bloc alors que l’on veut nous enlever le plein contrôle de la production de l’électricité au Québec.

En fait, avec l’installation de 66 éoliennes immenses sur notre petit territoire, parmi les habitations, je pense sincèrement que nous perdrons beaucoup, beaucoup plus que nos paysages pittoresques. Nous avons besoin d’être consultés et nous avons besoin d’avoir un débat public et de fond sur le sujet afin de trouver des solutions aux problèmes que nous vivons présentement.

Gaétan Belzile Producteur agricole Notre-Dame-des-Neiges

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