Veni Vidi Vézina

Veni Vidi Vézina

1 septembre 2007 par 

Que dire, que dire...

Je lisais dans La Presse de ce matin un monsieur d’Hérouxville qui disait que les immigrants nous feraient perdre notre patrimoine… Pas de danger, les Québécois de souche s’en chargent eux-mêmes! Rien qu’à voir toutes ces maisons recouvertes de clabord de vinyle, on voit bien! Mais comme je risque de me choquer si j’embarque là-dedans, je m’abstiendrai : il fait encore beau, et la beauté et la colère ne vont jamais bien ensemble.

De la même manière, je n’embarquerai pas dans le sujet de nos bardeaux de cèdre, avec lesquels on recouvre les riches maisons de la Nouvelle-Angleterre. Je le sais, j’en ai vu un plein camion qui attendait pour monter sur le traversier en direction de Nantucket, où la moindre shed à râteaux se transige à un million et où toutes les maisons sont recouvertes de cèdre.

Non, je ne me choquerai pas. Pas aujourd’hui. J’ai envie de beauté.

C’est comme s’indigner. Chaque fois que je me pompe la source à indignation, tout le monde me regarde avec des gros yeux en me disant que chus rien qu’un maudit chiâleux! Laissez-moi vous dire : s’il y avait eu un peu plus de chiâleux dans les années 80, quand le vinyle a commencé à rendre nos plus belles maisons les horreurs consommées qu’elles sont devenues, s’il y avait eu un peu plus de chiâleux quand toutes les entrées des villes du Québec se sont mises à ressembler au boulevard Taschereau à Brossard, je suis certain qu’on aurait pu sauver un peu de notre patrimoine avant que « les immigrants » ne viennent nous le saccager (sic)...

Bon. J’ai promis que je ne me choquerais pas.

Changement de sujet.

Moby Dick Cet été, je suis retourné en Nouvelle-Angleterre. Sachant que je passerais quelques heures à Nantucket, l’île qui a inspiré Moby Dick à Herman Melville, j’ai voulu me replonger dans l’œuvre de ce grand écrivain américain du XIXe siècle. Première constatation désolante, je n’avais jamais lu Melville. J’avais dû lire des résumés ou des adaptations, mais je ne me souvenais pas de ces phrases pleines de vent, de ces paragraphes mouillés, de ces pages houleuses et de ces mots en rafales. De ces « phrases-tempêtes », comme disait Jean Giono. Je connaissais l’histoire, mais je n’étais jamais entré en contact avec les détails qui constituent son tissage. Wouf! J’ai été soufflé. Je me suis enfin promis de lire Monsieur Melville, de VLB, que je n’ai honteusement jamais ouvert. Je soupçonne le livre de Beaulieu de rapprocher Trois-Pistoles et le Bas-du-Fleuve de Nantucket et de la Nouvelle-Angleterre, tout comme son Joyce, l’Irlande, le Québec, les mots fait se croiser l’Irlande et le Québec. Rhum et pirates Sur toutes les galères, sur toutes les goélettes et sur toutes les embarcations qui se respectent, il y a toujours au moins une bouteille de rhum. Je me suis d’ailleurs promené tout l’été avec un flasque en métal qui n’a pas désempli souvent. J’ai aussi souvent porté un ticheurte avec une tête de mort dessus… On m’a dit que j’avais l’air d’un pirate. Come on! Comme si quelqu’un pouvait se promener avec un drapeau de pirate sur la bedaine et avec une bouteille de rhum en poche pour une autre raison que pour avoir l’air d’un pirate! Je me demande, d’ailleurs, tiens, si, à part la famille Dionne dont parle Nicolas Dickner dans Nikolski, il y a une tradition de piraterie au Québec. Si oui, pourquoi personne n’en parle? On voudrait cacher quelques vices? Sinon, ça doit être vrai qu’on n’est pas capable de se choquer ou de s’indigner? Parce que pourquoi trouverait-on à la fois en Amérique du Sud, aux Antilles et dans le nord-est des États-Unis de si belles histoires de mer et de pirates alors qu’ici, rien? Je devrais demander à Dickner, tiens. Ou encore à Sylvain Rivière. Doit savoir ça, lui. Ceci dit, pourquoi attendre les histoires des autres alors que je pourrais très bien le faire moi-même… Voilà comment germe une idée de roman. Elle part d’un ignoble clabord de vinyle, pour passer par un bardeau de cèdre avant de devenir un voyage à Nantucket et de finir en idée de roman de pirates en Gaspésie. Idée 1802, le cirque Blanchard et Pépin, originaire de Philadelphie et en visite à Montréal, connaît sa première vraie crise. La famille Simard, fameuse descendance d’équilibristes et d’hommes forts, quitte le cirque, fondé quelques années auparavant par un Franco-Américain et un déporté acadien. La famille Simard tient à rejoindre ses cousins, les Guyot, une famille de pirates mal en point après l’abordage plus ou moins raté d’un navire anglais au large de Cap-Chat, échoués dans une anse encore inconnue de la rive nord de la Gaspésie. Pendant des années, les pirates Guyot séviront un peu partout sur le fleuve, dans le golfe, et aussi plus au sud, tous les hivers, avec, comme contact à terre, le cirque Simard dont on retrouve encore, dans quelques greniers pas tout à fait pillés, quelques artefacts… La suite dans le prochain numéro. Et j’ai réussi à ne pas me choquer!
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