Est-ce si inquiétant ?

Le sort des abeilles

Est-ce si inquiétant ?

11 mai 2018 par 

Rencontre avec une apicultrice d’exception

Jamais Mireille Lechasseur n’avait pensé qu’elle prendrait la succession de la miellerie familiale. Pourtant, cette Rimouskoise a baigné dans le miel durant son enfance et a grandi avec les ruchers implantés par son grand-père maternel. La miellerie Le Château Blanc a bien évolué depuis sa création. L’entreprise compte maintenant environ 350 ruches, ce qui en fait la seule exploitation apicole d’envergure dans la MRC Rimouski-Neigette.

Mouton Noir – Depuis quelques années, les populations d’abeilles sont en déclin. Pourquoi?

Mireille Lechasseur – Plusieurs raisons expliquent le déclin des abeilles : la détérioration des habitats, une alimentation non adéquate, l’intoxication aux pesticides, les bouleversements causés par les changements climatiques, la présence accrue de divers prédateurs, etc. Il y a également le varroa, un acarien qui vit aux dépens de l’abeille et qui rend les abeilles vulnérables à plusieurs maladies et virus. Il y a aussi la perte de biodiversité dans les champs à cause des monocultures et des cultures non mellifères qui sont en grandes étendues.

Ces facteurs affaiblissent les abeilles et leur causent des carences qui ont des répercussions sur la capacité de reproduction des faux-bourdons, sur la ponte de la reine et sur le développement physiologique des larves qui, une fois adultes, n’auront pas les capacités suffisantes pour accomplir leur travail. Tous ces éléments amoindrissent la vitalité et les défenses de la colonie.

M. N. – Pourquoi les abeilles sont si importantes?

M. L. – En Amérique du Nord, l’abeille, Apis mellifera, n’a jamais existé à l’état sauvage, elle n’est pas indigène. L’espèce a été introduite par les colonisateurs européens aux États-Unis. C’est vers 1850 que l’apiculture s’est implantée partout au Québec.

Si l’abeille est si importante, c’est qu’elle est la gardienne de la biodiversité. C’est une pollinisatrice efficace grâce à ses poils qui facilitent le transport des grains de pollen. Elle vit en grand nombre d’individus (de 20 000 à 80 000 par ruche), elle butine les fleurs à plus de 3 km de sa ruche (et même jusqu’à 7 km et plus si elle ne trouve rien dans le voisinage) et permet la fécondation des fleurs, car comme elle est fidèle aux mêmes espèces florales lors de ses tournées de butinage, elle augmente la probabilité de fécondation. Tout cela nous permet d’avoir les fruits, les légumes et les noix nécessaires à notre survie.

Si nous voulons habiter sur un territoire aussi vaste et froid que le Québec, nous avons besoin des abeilles pour bien polliniser nos cultures. Une pollinisation adéquate améliore les rendements agricoles, maximise le goût des aliments, accroît la durée de leur conservation et leur aspect.

L’apiculture est directement liée à la production de viande et de lait. Les cultures fourragères qui nourrissent le bétail, principalement la luzerne et le trèfle, sont pollinisées par les abeilles.

M. N. – Quelle est la situation dans l’Est-du-Québec?

M. L. – La situation est presque la même que dans l’ensemble de la province. Nous vivons des bouleversements climatiques, le varroa est présent depuis 2003, il y a de plus en plus de monocultures, les pesticides sont présents tout comme les néonicotinoïdes. De plus, il y a beaucoup d’entreprises apicoles sur le territoire avec une très forte densité de ruches. Depuis quelques années, il y a moins d’entreprises laitières et de bœufs, cela affecte notre production de miel d’été. Nous sommes dépendants des cultures mellifères liées à ces entreprises, entre autres des fourrages de trèfle et de luzerne.

M. N. – Y a-t-il des solutions? Est-il trop tard?

M. L. – Oui, les solutions existent, il n’est pas trop tard. Tout le monde peut semer des fleurs mellifères, des arbustes et des arbres à fruits dans son jardin ou dans sa cour. Un potager, les fines herbes, les plantes médicinales sont mellifères. Plus on fleurit nos cours, plus on soutient les abeilles. On peut aussi acheter un miel qui est vraiment produit localement : le fait que les abeilles butinent notre territoire aide l’apiculteur, et donc ses abeilles.

En achetant de la viande, des légumes et du fromage de nos producteurs locaux, on leur permet d’être prospères et de planter plus de champs de fleurs mellifères.

Une réglementation plus serrée sur les pesticides, comme c’est le cas maintenant pour les néonicotinoïdes, va grandement aider nos abeilles.

Planter des haies brise-vent, avoir des cours d’eau propres, améliorer la santé des sols, cultiver le plus biologiquement possible, tout cela va aider les abeilles à bien vivre dans notre coin de pays.

Chacun de nos gestes a des répercussions sur la nature. Si nous malmenons les abeilles, nous nous malmenons nous-mêmes.

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