La grande mystification

La grande mystification

21 janvier 2018 par 

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Laetao lors du dépôt du budget.

Je ne peux plus supporter ces discours politiques forgés de demi-vérités et d’engagements sans lendemain, cette littérature ministérielle faite de mots choisis pour créer l’espoir sans volonté ni ressources pour passer de la parole aux réalisations. Ces promesses dont les porteurs ne font pas, délibérément ou inconsciemment, la distinction entre le vrai et le faux, entre la réalité et la fable. Ces envolées lyriques main sur le cœur, inspirées d’une dialectique dont le sens et la portée sont invariablement au service d’une stratégie électorale récurrente. En lieu et place d’une véritable et vigoureuse politique de développement régional, on peaufine une opération de mystification.

Cette même dialectique est appliquée à tous les secteurs de l’action publique. Maniée habilement durant les années d’austérité de 2014 à 2017, elle a atteint son point d’orgue avec la mise à jour économique et budgétaire présentée ce 21 novembre, par le ministre des Finances, Carlos Leitao.

Ont alors été annoncés des « réinvestissements » de l’ordre de 1 milliard $ en santé et en éducation et un allègement fiscal (baisse d’impôt) du même ordre pour les contribuables. Ces cadeaux préélectoraux sont puisés à même une marge de manœuvre d’environ 2,4 milliards $, véritable trésor de guerre, constituée principalement des économies réalisées par une réduction de la croissance annuelle des dépenses publiques passant de 4 % pour la période de 2010-2014 à 0,8 % pour la période 2014-2016. Avec le résiduel de la marge de manœuvre, d’autres cadeaux sont à venir d’ici octobre prochain. 

La réduction substantielle des dépenses de l’État s’est concrétisée par des abandons de programmes, des compressions budgétaires dans la majorité des ministères, des abolitions de postes, des réductions de services, qui ont été vécus douloureusement par la population en général et les organismes et prestataires concernés.

Comment peut-on répondre, comme l’a fait le ministre Leitao, que « la rigueur budgétaire n’a consisté qu’à réduire le rythme de croissance des dépenses de l’État, sans diminution de services »? Qu’en est-il alors des abolitions de structures et de programmes? Et des suppressions de postes d’orthopédagogues et d’orthophonistes dans les écoles? Et des conditions de vie déplorables dans les CHSLD, faute des ressources?

De quelle gloire ce gouvernement peut-il se draper aux vues des résultats d’un tel stratagème comptable? Toujours la mystification. Et on s’étonne du cynisme de la population à l’égard de la politique!

Et les régions dans la mise à jour économique et budgétaire? Pourtant un « secteur de dépenses » où on a sabré à grands coups et qui peine à se redresser. Pas un mot, silence radio. L’indifférence absolue.

Ce qui me désole actuellement, c’est de penser que ce gouvernement sera probablement réélu au prochain rendez-vous électoral en octobre 2018, et que l’œuvre entreprise d’abandon, de démobilisation et de désintégration des régions va se poursuivre. Quelle triste perspective, quel recul de civilisation! 

Au-delà de la colline Parlementaire, des mairies de Montréal et de Québec, quel courage, quelle détermination, quel dévouement, nourris de fortes convictions, il faut aux élus locaux, acteurs économiques et sociaux, intervenants et intervenantes de toute allégeance en région pour continuer à œuvrer à la pérennité, au dynamisme et au bien-être de leur coin de pays!

Confiance aux femmes et hommes de terrain et au renouveau politique

Ma confiance, je la mets dans les jeunes chercheurs, les élus territoriaux, les acteurs de terrains, tous ceux et celles qui continuent d’entretenir des croyances optimistes et dévouées en faveur de l’avenir des régions. Je la mets aussi dans un éventuel renouveau politique.

Tout au long de mon parcours, j’ai rencontré des femmes et des hommes formidables, doués, compétents, innovateurs; j’ai été admiratif de projets et d’expériences issus du milieu pour créer de l’emploi, consolider le sentiment d’appartenance, contrer l’exode, accroître l’attractivité et la compétitivité de leur communauté, maintenir et diversifier l’offre de services aux personnes et aux entreprises, protéger l’environnement, sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine paysager, bâti et immatériel dans toutes les régions. Oui, un creuset extraordinaire de capacités innovantes, mais privé d’un dessein gouvernemental à la hauteur de leurs aspirations pour le bien de leurs territoires et de l’ensemble du Québec.

Je demeure solidaire des régions et de leurs espaces ruraux, et confiant d’une reconnaissance de leur rôle et de leur contribution utile et nécessaire à un projet lucide et généreux d’un Québec prospère et épanoui pour tous ses territoires et leurs populations.

 

 

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