Obsession métaphysique

Obsession métaphysique

2 novembre 2017 par 

« Sincèrement captain, j’espère que votre état psychiatrique sera exempt de toute anomalie. On ne confie pas une fusée atomique de cinq cents tonnes à un organisme chimiquement détraqué. »

1959, les Martiens sont parmi nous et menacent d’envahir la Terre. Le capitaine Bob Leclerc, pilote de chasse, héros de la guerre contre les Asiates, est recruté pour diriger une mission ultra secrète. Son but : anéantir la menace martienne.

C’est là la prémisse de l’ambitieux diptyque écrit et illustré par le bédéiste Grégoire Bouchard. Ambitieux, car son histoire qui s’amorce avec Le Cauchemar argenté et s’achève avec Terminus, la Terre compte 381 pages illustrées avec brio et moult détails rappelant autant On a marché sur la Lune de Hergé que le rétrofuturisme du cinéma de science-fiction des années 1950. Mais plus que tout, c’est aux univers créés par Jules Vernes (notamment à De la Terre à la Lune) et à H. G. Wells (La guerre des mondes), voire à Henri Vernes (Les aventures de Bob Morane) qu’on pense en parcourant les planches truffées de référence à ces classiques.

À l’image du célébrissime De la Terre à la Lune, Le cauchemar argenté s’attarde à décrire de manière chirurgicale toutes les étapes de la préparation de la mission confiée à Bob Leclerc. Par la voix de scientifiques impliqués dans la périlleuse mission, Bouchard dépeint non seulement l’entraînement de ses astronautes, mais également toutes les composantes de la fusée U-3, si bien qu’on a parfois l’impression de regarder des plans conçus par un spécialiste en avionique. On en vient d’ailleurs à se demander combien d’heures l’auteur a pu consacrer à chacune de ses cases. Par moments, on le croit aussi obsédé par son travail que les scientifiques qu’il met en scène. C’est toutefois cette obsession du détail qui rend cette œuvre aussi intéressante.

Le second volume, Terminus, la Terre, se concentre principalement sur la mission des astronautes et les péripéties qui en découlent. L’ensemble du récit se construit lentement, et sa lecture est parfois exigeante pour le néophyte qui préfère l’action au discours technique et métaphysique, mais l’effort est récompensé au détour d’une scène cocasse ou d’un clin d’œil aux amateurs de cinéma avec des références à King Kong, à Godzilla ou encore aux tripodes de La Guerre des mondes, en passant par La planète des singes.

On pourrait toutefois reprocher à Grégoire Bouchard de bâcler la fin de son récit. On a d’ailleurs l’impression qu’il s’adresse davantage aux admirateurs de la première heure des aventures de Bob Leclerc (publiées dans le magazine Iceberg dans les années 1990 et dans Vers les mondes lointains) qu’aux lecteurs qui le découvrent pour la première fois. Ses tergiversations lui sont toutefois pardonnées lorsqu’on tombe sur une référence inattendue et savoureuse à un classique bien de chez nous. Bref, c’est du grand art, et il ne faut surtout pas bouder son plaisir.

Paus en 2017, Le cauchemar argenté et Terminus, la Terre sont publiés chez Mosquito.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe