L'art qui dérange

L'art qui dérange

2 novembre 2017 par 

La Tribune-citoyenne. Chemins de traverse est une création collective communautaire en milieu rural qui s’enracine dans plusieurs municipalités des MRC de Rimouski-Neigette, du Témiscouata et des Basques.

Tout au long du projet, trois artistes accompagnateurs de l’Unité théâtrale d'interventions locales (UTIL), Stéphanie Beaudoin, Richard Lemay et Dominique Malacort, soutiendront chacun un groupe dans la création d’un tableau d’une quinzaine de minutes qui, en fin de processus, seront regroupés pour former un seul grand spectacle, pluriel et rassembleur. S’y déploieront plusieurs disciplines : vidéo, théâtre et chanson.

Brassage d’idées

À UTIL, nous privilégions l’inclusion, la rencontre et le brassage des idées. Les citoyens et les citoyennes qui participent aux créations proviennent de classes sociales et de situations socio-économiques diverses et ont des occupations différentes. Dans le cadre de la présente création communautaire, chaque groupe a choisi sa thématique. Le RASST (Regroupement des assistées sociales et assistés sociaux du Témiscouata) examine les causes et les conséquences de la disparité des revenus et propose une solution de rechange : le revenu universel. Le groupe d’Esprit-Saint et des cuisines collectives s’interroge sur la place et l'implication des jeunes ainsi que sur l'essoufflement dans l'engagement. Le groupe de la Neigette se penche sur l'ouverture à l'autre et le sens du commun dans la réalité particulière des petits villages.

Parallèlement à la création des trois tableaux, un bulletin-citoyen sera réalisé dans les Basques à partir d’enquêtes et sera diffusé chaque semaine à la télévision communautaire des Basques et du Haut-Pays (TCBH) d’octobre à décembre 2017. Les capsules seront également accessibles sur YouTube et des extraits seront intégrés au spectacle final.

Somme toute, il s'agit d'un projet d'envergure, une création collective multigroupe et multidisciplinaire réalisée grâce à l'appui de la Fondation Béati et des fonds de soutien aux projets structurants des MRC des Basques et du Témiscouata.

Le pouvoir de la parole

Au-delà de son ampleur et de son ancrage en région rurale, en quoi cette pratique artistique collective et communautaire est-elle particulière? Pourquoi dérange-t-elle et remue-t-elle nos habitudes? En quoi est-ce différent de ce qu'on appelle présentement « l'art en lien avec la communauté », pratique encouragée, voire prescrite par les instances gouvernementales? Et pourquoi, à l'inverse, l'art communautaire n'est-il pas reconnu par ces mêmes instances?

Même si les mots se ressemblent, les fonctions et les processus de création peuvent être fort différents. Pour sa part, UTIL défend une pratique d'art communautaire dans lequel les participants et les participantes déterminent eux-mêmes la thématique, le contenu autant que la forme. Par conséquent, ils et elles deviennent co-créateurs et co-créatrices de l'œuvre collective et assument leur vision du monde jusqu'à la présentation finale devant public.

En art communautaire, la création se fait avec, par et pour la communauté. L'artiste, quant à lui, se fait accompagnateur et facilitateur.

La principale différence serait donc là : soit les citoyens et les citoyennes s'affirment en tant que sujets de leur histoire, soit ils restent matière première au service d'une histoire construite et livrée par l'artiste professionnel. En arts communautaires, les citoyens et les citoyennes ne délèguent pas, mais agissent et s'engagent. Il y a, par conséquent, une reprise du pouvoir citoyen par la parole et par l'action collective! Ne serait-ce pas, justement, ce qui « dé-masque » et qui « dé-range »?

La création collective communautaire sera présentée à 20 h au Beaulieu Culturel du Témiscouata le 25 novembre et au Centre des loisirs d’Esprit-Saint le 2 décembre.

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