Entre cri et silence

Entre cri et silence

2 novembre 2017 par 

Sylvie Nicolas, Le cri de la Sourde, Druide, 2017, 272 p.

Sylvie Nicolas propose cet automne un roman intitulé Le cri de La Sourde dans lequel elle réanime l’histoire d’une communauté et d’un bout de pays en l’honneur de sa mère, mais aussi en hommage à tous ceux qui ont habité d’hier à aujourd’hui un petit territoire nommé « Sur l’île ».

Donner un nom fictif à cet endroit bien réel qu’est la Matanie et appeler ses habitants les Surlilois rapproche le récit du conte et de la poésie. C’est sans baguette magique mais accompagnés de leur passé mystérieux que le vieux Barthélémy, Éluard, Louis-Harmel et La Sourde dévoilent leur identité unique et énigmatique. Chacun devient complémentaire de l’autre puisque chacun constitue une pièce du casse-tête que forme leur histoire commune.

Sylvie Nicolas, qui écrit ici à la deuxième personne, fouille dans la mémoire des Surlilois  pour en quelque sorte tenter de comprendre le rôle du personnage de la mère, elle qui était froide et distante et qui devenait expressive et passionnée lorsqu’il s’agissait de littérature. C’est donc à travers les dialogues avec elle autour des livres et par des échanges à leur sujet que la fille finit par accepter l’identité particulière de sa mère. Avec ce livre, l’auteure tente peut-être de comprendre son passé familial pour mieux se connaître elle-même. Ni complètement autobiographique ni roman classique, la fable oscille délicatement entre cri et silence, à l’instar des personnages.

Dans ce roman où passé et présent s’entremêlent, La Sourde, autre Surliloise, habite un passé qui semble lointain, mais qui n’est en fait que le XXe siècle. Elle est à la fois à l’écart des autres et complètement au cœur de leur histoire. Du fait de sa surdité, elle communique peu avec le monde extérieur et évolue dans un système qui la marginalise et ne peut lui offrir d’enseignement. Elle apprend à lire seule dans les brèches du quotidien, grâce aux livres de cuisine de sa mère. Elle est au cœur de l’histoire, car les autres vivent autour d’elle et leurs voix font contraste avec son silence.  

Entre la peur de l’invasion allemande et une famille venue de l’Ouest, entre mères et filles, ce roman de Sylvie Nicolas navigue entre le passé et le présent de la Matanie. C’est une ode au courage et plus particulièrement au courage féminin. Le courage de celle qui refuse les ordres de l’Église, de celle qui accueille les enfants des autres : « Enfants naturels, adoptés à la crèche de Québec, orphelins, neveux et nièces pris en charge, mères de marmaille ou femmes qui en étaient privées, tous appartenaient au lieu, et personne n’aurait songé à établir une différence entre les uns et les autres. »

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