Poésie enfantine en pays Crie

Lumière sur l’eau

Poésie enfantine en pays Crie

3 octobre 2017 par 

Le carrousel du film de Rimouski projette toujours de belles découvertes et le film d’aujourd’hui en est un exemple puissant. Cap aujourd’hui sur Wasmanipi, une communauté Crie du Nord-du-Québec.

Dans ce documentaire, nous allons à la rencontre des enfants de cette réserve autochtone. Que ce soit à l’école, dans la rue jouant au hockey, à la chasse ou dans des gymnases transformés en salle de danse, on les suit dans leur quotidien plutôt banal au premier abord mais beaucoup plus complexe pour peu que l’on creuse un peu le sujet. Pendant une heure, on écoute cette jeunesse amérindienne, on partage leur mode de vie et surtout, ces gamins nous entrainent dans leurs réflexions pleines de sagesse absolument étonnantes d’intelligence et de poésie. Il y’a un vrai questionnement philosophique chez ces enfants concernant des sujets difficiles comme : la vie après la mort, la manière d’habiter le territoire ou la manière de vivre éthiquement sur terre. Par petites touches, sans avoir l’air d’y toucher, entre deux jeux d’enfants, cette œuvre géniale nous donne ainsi matière à réflexion. Ce film pourrait s’arrêter là et nous laisserait avec des témoignages secs et sans artifices mais heureusement l’œuvre d’Ariel St-Louis Lamoureux et Nicolas Lachapelle ne tombe pas dans cet écueil.

Car il y’a une intelligence certaine dans la mise en scène dans ce documentaire filmé caméra à l’épaule et à hauteur d’enfants. La caméra est fluide, le point de vue est systématiquement proche des sujets et la réalisation n’hésite pas à les suivre de plus près. Quand ils courent, on court avec eux, quand ils jouent, on joue et quand ils parlent, on écoute et on apprend. Le cadre ne dépasse jamais la hauteur de leur tête et les rares adultes présents y sont filmés de haut (quand ils ne disparaissent pas carrément du cadre), ce qui a pour effet de ne pas parasiter la désarmante liberté de ces petits. Cela ajoute également à la puissance évocatrice de ces paroles enfantines et aux différents contrastes sur lesquels le film s’appuie en permanence dans son ensemble. 

De l’enfance à l’âge adulte, entre tradition et modernité, entre la communauté et la mondialisation, on sent des enfants, donc aussi un peuple qui s’interroge sur sa condition et sur l’avenir de cette jeune génération. Un exemple frappant de ces dichotomies est illustré dans cette scène magnifique dans laquelle plusieurs jeunes filles dansent sur du Rihanna, cellulaire de dernière technologie en main, avant d’enchainer sur un chant traditionnel revisité version électro du plus bel effet. Ou encore ces garçons, carabine à la main qui nous expliquent face à la caméra qu’il faut tuer ce qu’on mange avant de faire exactement l’inverse de ce qu’ils préconisent.

Un formidable documentaire donc, servi par des petits amérindiens hyper attachants qui ont participé à l’élaboration du script et qui questionnent l’identité, la vie et sur ce qu’on en fait. Décidément, le carrousel n’a pas fini de nous surprendre.

Le film est preésenté mercredi 4 octobre 20h au Paradis

 

 

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