L’intelligence passe mal à l’écran

ET AU PIRE ON SE MARIERA

L’intelligence passe mal à l’écran

4 octobre 2017 par 

Je suis un grand admirateur du regard éditorial de Geneviève Thibault, ancienne directrice de la collection La Mèche et maintenant directrice de Cheval d’aout. Je trouve qu’elle a une vision juste et un talent rare pour trouver les nouvelles autrices québécoises qui ont du mordant tout en amenant de la fraicheur dans le milieu littéraire québécois.  

On va se le dire, pour percer dans le milieu du livre au Québec, il faut frapper fort dès le premier livre sinon, on est rapidement oublié. Sophie Bienvenu était ce premier coup de La Mèche et, personnellement, ça m’a mis K.O.

J’avais donc vraiment hâte de voir le film Et au pire on se mariera.

Dans le livre, Aïcha est intelligente, curieuse et très cultivée, alors qu’à l’écran elle semble fourbe, voire méchante. Le meilleur exemple est celui de son pot de deux dollars. Dans le film cela se perd un peu; on dirait qu’elle profite de ses amis et amies pour s’enrichir, alors que dans le livre ça passe plutôt comme une étude sociologique :

Je me suis rendu compte que deux dollars, c’est le montant que tu peux emprunter, dire que tu vas le remettre, pis jamais le remettre. Personne s’obstine jamais pour deux piasses. […] Je fais rien avec, c’est ça le pire. C’est juste le fun de voir qui va te prêter combien et comment. C’est comme une étude que je fais genre… Anyways, à coup de deux piasses, c’est pas comme si j’allais me payer un safari en Afrique.

L’autre point qui m’énerve un peu c’est que, dans le film, Aïcha semble fanatiquement amoureuse de Baz, alors que dans le livre elle remet souvent en question cet amour :

On a marché jusqu’à la station BerrI-UQAM et après on a pris le métro, C’était un peu comme notre première date.

Il a déposé sa guitare, pis ça a été vraiment très long pis plate. Le barbu du magasin lui a montré plein de nouveaux trucs, il lui a fait essayer plein d’instruments. J’osais rien toucher parce que j’avais peur de faire du bruit ou de briser une bébelle à huit mille dollars

En somme, il y a trop d’éléments différents pour que l’on puisse penser à une adaptation

Léa Pool me semble d’ailleurs avoir utilisé tous les outils propres au cinéma ( montage rapide, prolepse, plan sur plan, etc.) pour le film du livre, mais est-ce suffisant ?

Finalement, je dirais que Sophie Bienvenu et Léa Pool ont écrit ensemble un film qui est individuellement bon, pas excellent, mais suffisamment bon pour concurrencer avec les grosses comédies de l’été dernier qui sont encore à l’affiche dans certains cinémas.

 

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe