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Vol XXIII No 1, septembre-octobre 2017

Prêt, pas prêt?

Prêt, pas prêt?

6 septembre 2017 par 

Le Québec est-il prêt pour le scrutin proportionnel?

J’en doute si l’on considère le type de débats qui a mené au refus d’une convergence avec le Parti québécois lors du congrès de Québec solidaire. Murés dans leurs convictions, certains militants et militantes solidaires semblent ignorer que la démocratie est l’art de s’entendre avec des gens qui ne pensent pas comme soi, et ce, pour le bien commun. La démocratie exige une gestion de conflits bien particulière qui ne peut pas se faire dans la détestation et les insultes. Un art de persuasion, mais surtout de compromis. Un équilibre entre forces antagonistes, à recréer sans cesse. Encore faut-il le vouloir.

Qui plus est, « certain-e-s militant-e-s » oublient qu’un programme politique unique, fût-il le leur, est l’apanage des régimes totalitaires. Mais peut-être espèrent-ils, espèrent-elles, espèrent-iels seulement la « balance du pouvoir » pour être en mesure de jouer à l’obstruction. Trop de dogmatisme gâte la sauce démocratique.

En marge de ce congrès, le plus surprenant a peut-être été de voir fleurir l’éloge de l’islamo-gauchisme. Faut-il en rire ou en pleurer? Il va de soi qu’il existe des musulmans de toute obédience (droite, gauche et centre), tout comme il y a des musulmans très pieux, des plus ou moins pieux, et d’autres qui ne sont pas plus pratiquants que bon nombre de catholiques au Québec. C’est vrai aussi des juifs et des protestants. Et après? Pourquoi vouloir une société définie en termes de groupuscules? Trop de rectitude gâche la sauce solidaire.

Dans notre système conçu pour deux partis, au mieux, c’est chacun son tour; au pire, profitant de la division de l’opposition, un parti s’incruste et n’a même plus besoin de compétences pour former un gouvernement. Pour être réélu, il lui suffit, grâce à une cagnotte engrangée à coup de restrictions budgétaires, de distribuer suffisamment de bonbons au bon peuple avant l’élection. Trop rares sont les politiciens qui acquièrent une véritable stature d’hommes et de femmes d’État. Sommes-nous condamnés à la petitesse et à la médiocrité?

Le Québec prêt à être un véritable État français en Amérique?

« Je ne sais pas, no lo se, I dont know, wo bu zhī dào ». Chose certaine, c’est maintenant que l’avenir se joue. On jurerait que le gouvernement libéral croit que défendre le français fera le jeu de ses adversaires alors il choisit de porter des œillères. Pour la pérennité du français ici, il faudrait une culture commune forte, au-delà du divertissement juste pour rire. Pour se penser soi, accueillir l’autre, pour penser le monde et le réenchanter pendant qu’il est encore temps. Car à force de rire gras, on pourrait bien finir par s’étouffer. « [J]e gis muré dans la boîte crânienne / dépoétisé dans ma langue […] », disait Miron.

Sommes-nous prêts à réduire notre dépendance au pétrole?

Je vous laisse le soin de trouver la réponse. Dans le palmarès des 10 véhicules les plus vendus au Québec en 2016 : trois camions pick-up, trois camions déguisés en véhicules « utilitaires sport » et un camion fourgonnette. Et Trudeau parle pétrole des deux côtés de la bouche.

Prêts à ouvrir nos frontières?

On peut bien rire de Trump et de son projet de mur entre le Mexique et les États-Unis, mais il s’agit bien d’une tendance : à la fin de la guerre froide, il y avait 15 murs frontière, il y en a maintenant 70 dans le monde. Comme l’explique Élisabeth Vallet dans un texte paru sur The Conversation1, un site bien français comme son nom l’indique : « le mur est devenu une nouvelle norme des relations internationales ». Il faut lire cet article pour comprendre l’aberration de telles infrastructures : d’énormes coûts financiers, des pertes de vies, très peu d’efficacité.

J’ai en mémoire ces oliviers centenaires, image symbolique s’il en est, abattus en terre palestinienne pour faire place à un mur de l’absurdité. En pensant au flux migratoire qu’engendreront la chaleur intense, la montée des océans, la sécheresse, les inondations, le feu me viennent des images que je préfère chasser. L’emmurement du monde est symptomatique d’une paranoïa grandissante.

Je n’aurais jamais cru espérer la pluie, l’odeur de terre mouillée et d’herbe fraîche. Je n’aurais jamais cru voir ici des fleurs sans nectar à offrir. Le climat de la planète est sans frontières, la sécheresse de cet été donne à réfléchir.

1. Élisabeth Vallet, « Inefficace, coûteux, mortel, l’emmurement du monde se poursuit », The conversation, 6 juillet 2017, theconversation.com.

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