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Vol XXIII No 1, septembre-octobre 2017

À nous la ville, la municipalité et le village!

À nous la ville, la municipalité et le village!

8 septembre 2017 par 

Jonathan Durand Folco, À nous la ville! Traité de municipalisme, Écosociété, 2017, 200 p.

Pour plusieurs, nous serions dans une période où les conditions historiques seraient favorables à une transition non seulement énergétique, mais aussi politique. C’est en fait la position que défend Jonathan Durand Folco dans son essai sur le municipalisme. Au centre de sa réflexion, il place le renversement de la logique de l’État-nation comme seul pouvoir déterminant et centralisateur. Le municipalisme, plus démocratique, inclusif et universel que le nationalisme (compris uniquement comme un obstacle au vivre ensemble?), est ce qui prend racine au sein des cités territoriales que sont les municipalités urbaines et villageoises.  

La transition vers le municipalisme se présente comme une solution de rechange au néolibéralisme, mais ne peut se limiter à des projets comme ceux défendus dans le film Demain par exemple. Ces projets se limitent, selon Folco, à des expériences de recherche de solutions qui ne sont pas ancrées dans un conflit politique qui vise la reconstruction de nos fondements institutionnels. D’où l’idée du commun comme principe institutionnel que l’on ne doit pas confondre avec l’autogestion, c’est-à-dire l’organisation démocratique du travail, ni avec les communautés intentionnelles (ex. : les écovillages). Le commun est concrètement l’autogouvernement dont la base territoriale est la cité.

Autogouvernements locaux

Dans ce sens, le municipalisme (ou le communalisme) serait cette forme institutionnelle du commun qui « vise à transformer les municipalités en autogouvernements locaux » en établissant une démocratie participative qui permettrait un rapprochement plus étroit entre gouvernants et gouvernés. Ce gouvernement par le bas ne chercherait pas tant un équilibre entre le global et le local, mais ferait du local le lieu d’un développement qui vise la sortie de la globalisation et qui recourt à une conception autre de la croissance (qui ne signifie pas la décroissance) basée sur la démocratisation de l’économie. Il s’agirait par exemple d’exercer un contrôle local sur les institutions financières et publiques (ex. : Hydro-Québec) et de réformer l’État, comme agent principal de la redistribution de la richesse, tout en poursuivant les avancés sociales : adopter une « politique du temps », des semaines de travail plus courtes, un revenu de base inconditionnel, un budget participatif, bref de mesures qui faciliteraient la participation citoyenne.

Dans son ouvrage, Folco avance une idée fort pertinente qui fait appel à une autre analyse des luttes sociales. Il focalise non pas uniquement sur les luttes de classe, résultant de la contradiction entre le travail et le capital, mais sur les milieux de vie. Plus près du municipalisme, cette notion de milieu de vie traduirait les revendications locales et les luttes de résistance afin de protéger et d’améliorer nos conditions de vie. En témoignent, souligne Folco, les occupations citoyennes comme le mouvement Occupy, le Printemps arabe, les mobilisations contre les projets d’oléoducs (Coule pas chez nous) et les luttes contre les coupes en région (Touche pas à mes régions!). Ce sont des mouvements citoyens pour la défense des territoires habités compris comme des milieux de vie politiques, sociaux, écologiques, féministes. Ce développement par le bas, forme de patriotisme communal que Folco oppose au patriotisme nationaliste, n’est ni l’État ni la ville, mais « le milieu de vie ou le voisinage » , et ne demande qu’à être libéré du poids répressif « de l’État-nation, du capitalisme, du patriarcat et du colonialisme ».

Quelques exemples de municipalisme

Le municipalisme présent au Moyen Âge, où le local servait d’assise à la participation citoyenne, est réapparu avec la commune de Paris et renaît aujourd’hui en Espagne avec la création de « plateformes citoyennes municipalistes » qui ont conquis entre autres les mairies de Barcelone, Madrid, Cadix afin de créer un modèle de gouvernement local en commun1. Sans compter, souligne Folco, l’incontournable projet de l’État du Kerala en Inde qui, en 1994, a décentralisé ses pouvoirs à des gouvernements locaux afin qu’ils assument la gestion des deux tiers du budget de l’État. Au Québec, durant les années 1960 et 1970, la création du Front d’action politique (FRAP) et le mouvement syndicaliste a aussi mis de l’avant des prises de position qui traduisaient cette volonté citoyenne de remettre en question le système étatique et capitaliste par la formation de groupes citoyens dans les quartiers populaires et l’organisation de colloques régionaux par la CSN, la FTQ et la CEQ dans l’objectif de former des partis municipaux de salariés. Ces expériences disparues étaient, précise Folco, une façon « d’instituer une République ‘par le bas’ et de renverser l’État, afin de remettre la logique politique ‘sur ses pieds’». Les expériences de démocratie économique, comme les initiatives d’économie sociale, le commerce de proximité et la monnaie locale s’inscrivent aujourd’hui dans ce mouvement pour la défense des milieux de vie.  

Finalement, le municipalisme comme autogouvernement ne peut exister sans la création d’un Réseau d’action municipale afin de devenir « un lieu de convergence des mouvements sociaux et citoyens, une plateforme de recherche et de formation, de soutien et de coopération mettant de l’avant les principes de participation, de démocratisation, de décentralisation, de solidarité, de justice et de transition écologique ». Un projet embryonnaire dans un contexte de dispersion des forces politiques, de manque de ressources, mais avec par ailleurs le partage d’un sentiment d’urgence pour un autre monde.

1. Commission internationale de Barcelona en Comu, Comment remporter la ville en commun : guide pour la construction d’une plateforme citoyenne municipaliste, mars 2016.

 

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