Le cirque électoral débarque en ville

Le cirque électoral débarque en ville

7 septembre 2017 par 

Citoyens et citoyennes, réveillez-vous! Le système démocratique qui vous permet de choisir vos dirigeants une fois tous les quatre ans a besoin de vous pour se refaire une légitimité. Pendant une brève fenêtre de 40 jours, les artistes de la politique présenteront leur tout nouveau spectacle. Et lorsque le dernier bulletin de vote touchera le fond de l’urne, le sort en sera jeté pour les quatre prochaines années. Les politiciens pourront alors manœuvrer à leur guise, comme l’illustre si bien le cas de Gaétan Gamache, maire sortant de Rivière-du-Loup.

Retour en arrière

Revenons aux élections de novembre 2013. D’abord courtisé par le tout nouveau Parti citoyen, Gaétan Gamache amorçait sa campagne en déclarant qu’il ne se présenterait pas aux élections : « Présentement, il me semble difficile d’envisager un équilibre entre ma santé, ma famille et ma vie professionnelle. Je tiens à être honnête envers moi-même et les Louperivois en ce qui concerne cet ambitieux projet qu’est d’être maire de cette ville1 ». Ben oui, comme si on n’avait jamais vu un politicien nous faire le coup…

Malgré ce qu’il annonçait, Gaétan Gamache s’est présenté en 2013, mais pas pour le Parti citoyen, dont il était membre, et a remporté les élections. Grand admirateur de Machiavel, il a mené son premier combat contre le Parti citoyen en s’attaquant à l’éthique du conseiller Steeve Drapeau et en « enterrant » rapidement le conseiller Jérôme LaViolette-Côté, chef dudit parti, qui quittera son siège dans la disgrâce. Une guerre larvée entre le premier magistrat et la moitié des conseillers mine depuis la bonne marche du conseil.

Ce front ouvert, notre champion du développement économique a tourné ses canons vers les gens d’affaires du centre-ville, en imposant une cotisation obligatoire de 250 $ pour soutenir l’organisme Espace Centre-ville. Cette taxe, discriminatoire selon plusieurs, a d’ailleurs été retirée un peu plus tard. Le manque de consultations a irrité la Chambre de commerce, laquelle se félicitait toutefois de l’élection de M. Gamache en 2013 : « C'est une personne qui a de bonnes connaissances sur le plan financier. Donc, ça nous amène aussi à une vision régionale, à une proximité des gens d'affaires, puis à une volonté de travailler avec les organismes du milieu. À priori, ça semble un mélange qui pourrait nous donner de belles années2 », avait à l’époque déclaré Christian Noël, président de la Chambre.

Le maire et la Chambre de commerce n’ont cessé de se tirailler depuis : M. Gamache évinçant la Chambre des discussions sur les projets de développement en cours; la Chambre réclamant un plan de développement économique « au plus sacrant ». Pierre angulaire de son programme, ce plan ne sera toutefois livré qu’à l’été 2017, juste à temps pour la prochaine campagne…

Prendre de front les médias

Non content de se battre sur deux fronts, Gaétan Gamache en a ouvert un troisième en engageant un combat contre les médias. Celui qui déclarait en 2013 être en accord avec les valeurs du Parti citoyen, notamment avec l’idée d’offrir une plus grande communication avec les citoyens et les médias, retourne sa veste lorsque les journalistes l’indisposent. Il a ouvert les hostilités en novembre 2015 en dénonçant le manque de rigueur de la télévision locale. Quelques mois plus tard, il a appelé au boycottage de la radio locale, une position qui sera vertement dénoncée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Finalement, l’administration du maire Gamache s’en est prise à ses propres citoyens. Lors d’une séance du conseil municipal, le directeur général, Jacques Poulin, a appelé la Sûreté du Québec pour dénoncer deux assidus des séances du conseil qui présentaient, selon lui, des signes d’ivresse et s’apprêtaient à prendre le volant. Ces allégations se sont révélées fausses et s’apparentaient plus à de l’intimidation qu’à de la prévention.

Comme trop de politiciens, Gaétan Gamache a été incapable de respecter les valeurs qu’il avait mises de l’avant pour se faire élire. Et les citoyens qui ont tenté de le confronter à ses contradictions se sont fait promptement remettre à leur place.

À Rivière-du-Loup, il n’aura fallu que 3 002 voix sur 15 748 électeurs inscrits pour élire le maire en 2013. Seuls 19 % des Louperivois lui ont accordé leur confiance. Par ailleurs, M. Gamache n’a toujours pas annoncé ses intentions pour l’automne 2017, alors que deux candidats sont déjà en lice. Espérons que les citoyens y verront plus clair dans quelques semaines et qu’à défaut d’avoir une véritable démocratie interactive qui permettrait de destituer les fautifs en cours de mandat, ils se présenteront en nombre aux séances du conseil pour rappeler aux élus leurs engagements.

 

1. Mario Pelletier, « Mairie de Rivière-du-Loup: Gaétan Gamache ne sera pas candidat », Info Dimanche, 26 août 2013, www.infodimanche.com.

2. Radio-Canada, « Rivière-du-Loup : accueil chaleureux pour Gaétan Gamache », 4 novembre 2013, ici.radio-canada.ca.

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