Une sale job

Une sale job

11 juillet 2017 par 

Le plongeur est le premier roman de Stéphane Larue. Paru en octobre 2016 aux éditions Le Quartanier, l’oeuvre a notamment obtenu le Prix des libraires du Québec 2017. Denis Gamache, membre du jury, commentait le livre gagnant : « Grand roman d’apprentissage au cœur du Montréal nocturne, Le plongeur possède des qualités littéraires inégalées : un style hyperréaliste d’une adresse singulière, une maîtrise intrinsèque de son sujet, un univers de références et de codes qui sortent définitivement de l’ordinaire. »

Au cœur de son récit se déroulant au début des années 2000, Stéphane Larue pousse le lecteur à vivre un malaise dans lequel l’auteur s’attarde parfois, mais qui reste toujours en cohérence avec le propos du roman. Dans le premier chapitre, le lecteur rencontre un narrateur solide, stable et amoureux, qui s’est sorti de tous les abus dont on devine déjà l’ampleur. Tel un appât tendu au lecteur, l’introduction permet de soutenir le pénible parcours de ce personnage tout au long de l’œuvre.

Dès le deuxième chapitre, la véritable histoire commence : celle d’un jeune étudiant en graphisme qui n’a pas vingt ans et qui accumule déjà de nombreuses dettes de jeux envers sa blonde, son colocataire et les membres d’un groupe de musique pour qui il doit dessiner la pochette d’un album. Le plongeur entraîne le lecteur dans la vie brouillonne du personnage. La distinction entre l’expérience de l’auteur et celle de son double fictif demeure floue tout au long de l’œuvre. Stéphane Larue écrit même : « Ce que je raconte ici, dans ce livre, je ne suis pas assez idiot pour m’y exposer une nouvelle fois, après toutes ces années. »

Seul dans un gouffre dont la sortie est difficile à imaginer, le personnage trouve par hasard un travail de plongeur dans un restaurant de Montréal, La Trattoria. S’ensuivent alors ses premiers pas dans le monde exigeant de la restauration.

Par expérience, je dois avouer que les descriptions sont d’une justesse troublante. Parfois même, en rentrant du restaurant dans lequel je travaille, ouvrir le livre de Stéphane Larue me paraissait une épreuve insurmontable : trop de rush, trop de vaisselle sale qui s’accumule et qui doit être transformée au plus vite en vaisselle propre, encore.

« J’ai sombré peu à peu dans un état second […]. J’ai pensé à la salle de prep qu’il me fallait encore nettoyer, aux tables — mes tables — pleines de pelures de légumes, de farine et de flaques d’huile que je devais laver et à la grande cuve de steam pot remplie de carcasses de poulet que je devais vider et récurer. Ça devenait étourdissant. Je n’avais jamais eu autant de choses à faire en si peu de temps. »

Le plongeur est un excellent premier roman auquel nous pouvons accorder une mention spéciale pour le décor musical. L’expérience des premiers concerts d’adolescents et des virées nocturnes, le walkman à cassette sur les oreilles, illustre une véritable passion pour la musique, indissociable de l’univers créé par Stéphane Larue.

Ce roman est une ode sombre au milieu de la restauration qui accueille toute une galerie de personnages désemparés, qui tentent de survivre à contre-courant dans le monde nocturne dans lequel ils évoluent. Un univers où tout est temporaire. Comme le dit si bien Bébert, personnage terrible et attachant : « Des amis tu vas t’en faire dans ce milieu-là. Mais tu vas voir, tu les garderas jamais longtemps. Prends-les quand ils passent. On change trop vite de job. »

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