Tendance

Tendance

11 juillet 2017 par 

Tendance. Tendance! Tendance? Mais quel est ce mot? Que signifie ce mot dans la grande bouche médiatique?

Être tendance, autrement dit : « à la mode », le buzz, le wow, le viral, le COOL. Toutes des mots tirés d’un brainstorm de conseillés marketing su’a coke.

Tendance sous-entend qu’il faut se dépêcher, « vite, c’est tendance », « suivez les nouvelles tendances ». La tendance tourne en rond rapidement, aspire les gens cool en son centre et projette en marge par la force centrifuge les autres, les marginaux.

Tout ce qui est tendance se mange sans se goûter sans même se digérer. La tendance relie ton œsophage direct à ton cul : sitôt avalé sitôt chié. La mode vestimentaire, la technologie, les produits culturels, tout ce qui peut être assimilé par une carte American Express. La tendance fait de la culture une obsolescence programmée. La tendance est morte, vive la tendance!

La tendance tue. Tout ce qui n’est pas elle, elle le tue. Aucune demi-mesure avec la tendance, c’est In ou OUT, c’est « être ou ne pas être ». C’est un mot d’extrémiste « dans le vent ». Elvis Presley en burqa. L’État islamique qui se fait une soirée Netflix and chill.

Tout le monde branché spirituellement à la Silicon Valley, le royaume des tendances. Tendance est une manière soft de parler de capitalisme humain. Être tendance, c’est se laisser avaler par le Grand Capital, mais avec le sourire, vêtu à la mode avec un iPhone dans les mains pis des antidépresseurs plein les neurones.

Dans le ventre du mot « tendance » se cache « marketing » et « conformisme ». La tendance fait du capitalisme, un fascisme cool. Mussolini en Segway.

La tendance est un outil de dressage, qui te manipule jusqu’à te formater. Comme les centres de rééducation au Cambodge. Les AirBnB de Pol Pot.

La tendance en politique, c’est l’extrême centre, c’est-à-dire une droite complexée. Dans nos médias de masse, on dit que Barack Obama est cool, Emmanuel Macron est cool, Justin Trudeau est cool.

Trudeau est cool et progressiste en reniant ses promesses de réformes électorales, en appuyant des pipelines bandés de pétrole, en signant des accords de libre-échange, en augmentant le budget militaire faisant passer les conservateurs pour une bande de puceaux en culottes courtes, malgré tout ça, Justin Trudeau est cool et progressiste parce que dans son intimité, y prend des selfies quand y recycle ses cannes de bines, et sa femme Sophie Grégoire Trudeau se met toujours du rouge à lèvres dans un char hybride.

Donald Trump n’est pas tendance. Mais Barack Obama est encore cool. Il était capable de bombarder le Yémen le matin et de jouer au basket avec ses filles l’après-midi. Les femmes enceintes yéménites sont tellement soulagées d’être assassinées par des missiles progressistes. Des corps démembrés qu’il faudra assembler, c’est presque du IKEA.

L’assassinat tendance, tuer de façon cool. Les drones c’est cool, comme un jazzman sur l’héroïne qui tire du gun dans une foule, calmement, avec un silencieux sur le canon. Obama, Macron, Trudeau aiment le jazz.

La tendance est imposée aux damnés de la terre. Elle colonise l’imaginaire. Notre tête est comme un territoire occupé qu’il faut décoloniser. Que chaque être humain se réapproprie le pays des idées orphelines.

Un jour, nous mettrons tous les gens cool dans des coffres de char lancé à toute allure dans le fleuve. Par la suite, nous pourrons éjaculer des idées magiques, réanimer l’utopie révolutionnaire, remplacer la police par des bibliothécaires armées, donner des drogues dures aux PDG, offrir une corde et un tabouret à la Reine et utiliser le drapeau du Canada pour enrouler les bébés mort-nés des quartiers pauvres avant de les catapulter dans les fenêtres du Parlement.

Seuls les conservateurs et les libéraux ont formé le gouvernement canadien depuis 1867. Ça fait 150 ans que deux partis politiques s’échangent le pouvoir comme un serpent bicéphale qui fait juste muer de peau. « Si la tendance se maintient », prendre les armes et attaquer le Parlement à Ottawa, ce ne sera plus du terrorisme mais de l'aide humanitaire.

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