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Vol XXII No 5, Printemps érable, 5 ans plus tard

Titre : Le sirop d’érable coule plus abondamment que le pétrole

Titre : Le sirop d’érable coule plus abondamment que le pétrole

14 mai 2017 par 

Gyslain Picard

Selon la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, la province compte présentement environ 13 500 producteurs acéricoles qui possèdent 7 300 entreprises en production dispersées sur un territoire d’une longueur approximative de 800 km d’ouest en est. Pour le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, on parle d’une production de plus de 24 millions de livres (77 758 barils). Ainsi, depuis plusieurs années, le sirop d’érable du Québec rapporte annuellement à l'économie provinciale plus de 800 millions de dollars. L’or blond coule à flots sur nos toasts et dans nos coffres.

Dans un tout autre domaine, Michael Binnion de la compagnie Questerre et actuel président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) affirmait en août 2010 : « Gaz Metro doit raccorder le puits de Questerre à Saint-Édouard, dans Lotbinière. [Dès 2011], il commencera à envoyer du gaz sur le réseau québécois, dans le cadre d’un "puits pilote". Il devrait pouvoir produire environ 20 millions de pieds cubes de gaz par jour1. » Mais sept ans plus tard, Questerre n'est toujours pas arrivé à ses fins parce que la population du Québec refuse férocement cette industrie de la fracturation, mais aussi parce que le potentiel semble très hypothétique.

De son côté, Junex a fait appel en 2009 à une firme texane qui a estimé que le permis d'exploration du projet Galt, situé à l'ouest de Gaspé, pouvait produire plus de 180 millions de barils. Le rapport précisait que, de ce nombre, un maximum de 14 millions de barils de pétrole serait « potentiellement récupérable ». Rappelons que ces chiffres sont sortis deux ans après qu’Hydro-Québec s’est départi des droits miniers sur ces territoires2. Huit ans plus tard, Junex est parvenu à extraire un peu plus de 17 800 barils de pétrole de Galt 43. Ici, on ne peut pas attribuer ces piètres résultats à la mobilisation citoyenne. En fait, des millions de dollars provenant des fonds publics de Ressources Québec, filiale d’Investissement Québec, ont même dû être injectés pour soutenir cette junior4.

Pour sa part, Pétrolia, société dont le gouvernement est le principal actionnaire, entend aussi pomper du pétrole sur une période de quelques mois, grâce à une récente modification du Règlement sur le pétrole, le gaz naturel et les réservoirs naturels. « La durée maximale des essais de production est ainsi passée de 60 jours à 240 jours. Fait à noter, les entreprises n’ont pas à payer de redevances sur le pétrole extrait et vendu lors de la phase exploratoire. La législation en vigueur ne fixe également pas de période limite pour cette phase ni de quantité limite de pétrole extrait. Selon les évaluations actuelles, le secteur de Haldimand pourrait contenir 7,7 millions de barils de pétrole. Cela équivaut à 22 jours de consommation de pétrole au Québec, au niveau actuel de consommation de pétrole.» 

Enfin, Gastem a compris ce que cela coûte de se frotter à des communautés locales que l’on rêve de coloniser. Après avoir été expulsé des Îles-de-la-Madeleine, de la Vallée de la Matapédia et, finalement, de Ristigouche Sud-Est, le vieux Raymond Savoie, administrateur de Gastem, a placé toute sa frustration dans une poursuite juridique contre la petite municipalité de moins de 200 habitants.

Quand on fait la somme de ces faits, on conclut que l’on est très loin du pactole que font miroiter les lobbyistes de l’Association pétrolière et gazière du Québec et les chantres politiques qui se gargarisent avec la chimère pétrolière. À la vitesse à laquelle nous finançons ces entreprises avec nos fonds publics, on constate que l’écart entre les revenus et les dépenses n’est pas à notre avantage. En fait, on a le sentiment de se faire spolier, d’être dépossédé par ce mirage de l'or noir, qui ressemble beaucoup plus à « l’or des fous ». Si on met en perspective la consommation du Québec, soit au maximum 300 000 barils par jour, on constate qu’on est loin de l’indépendance énergétique. 

Pendant ce temps, les érables continuent de couler, tel un cadeau que le territoire nous offrira tant et aussi longtemps que l’on assurera sa pérennité et sa régénération. Entre autres en protégeant le bien commun et en prenant courageusement conscience de la menace climatique. À ce chapitre, rappelons que les Premières Nations nous ont montré la voie dans cette défense du territoire, ces mêmes Premières Nations qui, pour notre plus grand bonheur, nous ont fait découvrir l’or « blond ».

Selon le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec et du Labrador, Ghislain Picard : « Quand les Premières Nations disent que c'est non, c'est non, point à la ligne. » Il ajoute : « Les Premières Nations invitent leurs alliés et les leaders des groupes environnementaux à se joindre au cercle et à la lutte contre Énergie Est. » Nous répondons à cet appel, comme à celui visant à nous unir contre la fracturation hydraulique au Québec, lancé par les Micmacs, les Innus et les Malécites. Pour une grande majorité de groupes, la pensée qui monte et résonne est : « Vous ne passerez pas! »

1. Hugo Joncas, « Québec songe à se doter d’une commission des hydrocarbures », Les Affaires, 20 juillet 2010, www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/ressources-naturelles/quebec-songe-a-se-doter-dune-commission-des-hydrocarbures/517522 

2. Alexandre Shields, « Des dizaines de millions de barils d’or noir dans le sol gaspésien », Le Devoir, 23 juin 2010,  www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/291454/des-dizaines-de-millions-de-barils-d-or-noir-dans-le-sol-gaspesien

3. Jean-Philippe Thibault, « Production record pour Junex au puits Galt 4 » Le Pharillon, 29 novembre 2016,  www.lepharillon.ca/actualites/2016/11/29/production-record-pour-junex-au-puits-galt-4.html

4. Investissement Québec, fr.scribd.com/document/333065863/Ressources-Quebec-investissement-hydrocarbures

5. Alexandre Shields, « Pétrolia vend du pétrole extrait du sous-sol de Gaspé », Le Devoir, 2 juin 2016, www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/472447/petrolia-vend-du-petrole-extrait-du-sous-sol-de-gaspe

 

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