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Vol XXII No 5, Printemps érable, 5 ans plus tard

Le roi est nu …et c’est pas beau à voir

Le roi est nu …et c’est pas beau à voir

14 mars 2017 par 

Effarant quand même de voir ces hommes politiques oser s’afficher comme des brebis innocentes alors qu’ils sont parfaitement conscients d’avoir été partie prenante des magouilles dont on les accuse. Prenez Michael Applebaum, qui promettait de rétablir la confiance et de lutter contre la corruption au moment où il a remplacé Gérald Tremblay à la mairie de Montréal en 2012. « Je veux effacer cette tache sur notre ville », déclarait-il, comme si cette seule volonté pouvait aussi éradiquer la réalité de ses propres méfaits. Prenez François Fillon, en France, dont la Penelope était rémunérée par l’État et qui en profitait pour tisser à la maison la toile au cœur de laquelle le malheureux politicien se sera finalement lui-même englué.

Mais sont-ils aveugles, ces hommes? Sont-ils tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils ne voient même plus les traces de break qui souillent le fond de leurs propres bobettes? Ils ne sont malheureusement pas les seuls à porter des œillères, et on serait presque disposé à les excuser, ces pauvres types, lorsque l’on songe à ces autres incroyables leaders qui tout aussi inconsidérément, mais de façon beaucoup plus dramatique, sèment la haine et le fanatisme sur leur passage.

Souvenez-vous lorsque l’ayatollah Jenesaisplusqui a décrété, il n’y a pas si longtemps, qu’il fallait massacrer les mécréants peu importe l’arme ou le moyen utilisé. Dans les jours qui ont suivi son admirable mot d’ordre, deux militaires se sont fait renverser par une voiture dans le stationnement d’un centre commercial à Saint-Jean-sur-Richelieu, et le surlendemain, un autre fou sévissait sur la colline du Parlement à Ottawa. Et oublions tous les massacres qui s’en sont suivis à travers le monde. Il a aussi été démontré que le malheureux Alexandre Bissonnette s’intéressait de près à la montée de Trump et était accroc à sa rhétorique, lui qui a sévi deux jours après le néfaste décret de l’administration américaine annonçant la fermeture des frontières aux ressortissants de sept pays musulmans.

De tout temps, dans nos communautés, on a pu compter des êtres fragiles, légèrement désaxés, des personnes « pas étanches » comme dirait un ami. Des êtres frustrés, des névropathes, minés par la maladie mentale ou victimes de sévices ou d’intimidation pendant l’enfance ou l’adolescence. Ordinairement ces personnes se tiennent à l’écart de la société, vivent leur malheur en vase clos, au jour le jour, et peuvent se compter chanceuses si elles en viennent à croiser une personne ou un organisme en mesure de les accompagner et de les aider à conjurer leurs démons. Mais si c’est le contraire qui se produit, si une autorité reconnue les galvanise, les conforte dans leur paranoïa, flatte leurs penchants les plus morbides, attise chez eux cette braise qui couve et cautionne les actes les plus répréhensibles qu’ils pourraient éventuellement commettre, il y a de fortes chances que ces êtres fragiles et influençables risquent un jour ou l’autre de passer à l’acte.

Et, quelque part, le mobile ou la cible comptent plus ou moins à leurs yeux. Tel ayatollah prétend un jour qu’il faut se débarrasser de tous ces « chiens d’incroyants », allons-y, on tire dans le tas. Le lendemain, un président des États-Unis, véritable psychopathe, tout comme ils le sont eux-mêmes, prétend plutôt que c’est tel groupe qui est à rejeter, O.K., on change illico son fusil d’épaule. C’est en quelque sorte, et c’est malheureux de le dire ainsi, la « saveur du mois », le groupe à ce moment conspué qui passera au cash. Avec cet ascendant qu’ils ont sur les esprits faibles, les dictateurs, les autocrates, les religieux fanatiques, les fascistes ont ainsi tour à tour accusé et mené à l’abattoir, souvent par personnes interposées, et variant selon les époques, les musulmans, les chrétiens, les Juifs, les Polonais, les manouches, les communistes, les homosexuels, les féministes, les sorcières…

Et malgré le fait que cette réalité ait été singulièrement occultée ces derniers temps et que ce terrain s’avère éminemment glissant, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps un certain Richard Henry Bain a cherché à assassiner une première ministre québécoise entourée de plusieurs membres de son équipe, au moment même où on célébrait une victoire électorale démocratiquement gagnée.

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