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Vol XXII No 4, Les femmes, les arts et la culture au Bas-Saint-Laurent

Sommes-nous libres de dire?

Sommes-nous libres de dire?

24 janvier 2017 par 

9 novembre 2016. J’ai l’impression que le monde a fait un bond en arrière. Commodus, Hitler, Bush, Harper, et maintenant Trump. Comment est-ce possible? Comme une vaste portion de la population occidentale, j’ai peine à y croire.

Cependant, c’est arrivé, il n’y a aucun doute là-dessus. Comme nous ne pouvons rien y changer, aussi bien essayer de comprendre. L’explication est complexe. La cause n’est pas unique et elle ne va pas magiquement se donner à celui qui regarde l’histoire. Trump a été élu dans le troisième pays le plus peuplé au monde, la première puissance militaire mondiale, le berceau d’Hollywood et de multiples universités reconnues. Ce pays est aussi diversifié qu’il est grand, et les raisons derrière l’élection d’un mauvais président sont aussi nombreuses que le pays est diversifié. Mais nous pouvons tenter d’isoler certaines explications.

Peut-être qu’une des causes qui a mené à l’élection de Donald Trump est que la liberté d’expression n’existe plus. Nous n’avons plus le droit de dire ce que nous voulons. Combien de manuscrits sont retournés parce que ce n’est pas ce que les « matantes » lisent? Combien d’articles ne sont pas publiés parce qu’il ne faut pas dire ça aux nouvelles? Qu’en est-il du lecteur un peu pressé et peu attentif qui confond Montréal et Mourréal? Que ne peut-on pas dire? Ça? Les catholiques peuvent être des terroristes. La démocratie n’est pas le système politique par excellence. La monnaie n’est pas indispensable au fonctionnement d’une société, ni l’économie. L’athéisme est une croyance, un acte de foi. Le capitalisme n’est pas le mal incarné. Il est normal, parfois, d’avoir envie de tuer certaines personnes.

Et ces exemples sont assez doux, si je puis me le permettre, car aucune de ces déclarations n’est fausse. Pour des exemples de déclarations fausses et trompeuses qu’on ne peut pas dire aujourd’hui, allez lire un discours de Trump. Lentement, nous avons perdu le droit de dire tout ce que nous pensions. La loi, le gouvernement, la rectitude politique, la pub, l’économie, tous ces éléments restreignent un peu chaque jour nos possibilités d’expression.

Mais quel rapport avec Trump? Son élection est l’échec final d’une société perdant sa liberté d’expression. Car au milieu de ce silence intellectuel, quelqu’un brise les barrières. Il dit tout ce qu’il pense, sans se soucier de son droit à le dire. Trump a incarné l’individu libre, « rationnel », américain. Celui qui a droit à son opinion, aussi valable que n’importe laquelle, et qui la livre froidement.

Dans un monde où l’on interdit certaines paroles, les prononcer devient un acte, et cet acte est inspirant pour ceux qui adhèrent secrètement à cette parole. Aussi, Trump n’avait-il rien d’autre à faire que d’être honnête, dire ce qu’il croyait, et le reste est venu. Entre un menteur et un honnête fou (en apparence honnête dans ce cas-ci), le peuple a choisi le fou, sachant à quoi s’attendre. Et devant une parole qui impressionne, les vrais actes, eux, prennent le second plan. Retirer les troupes armées inutiles (pardonnez le pléonasme), envoyer de l’aide humanitaire, développer des institutions sociales. Les exemples de ce qui pourrait être fait sont légion.

Et l’on s’intéresserait à ce qui est dit plutôt qu’au fait de le dire. Le problème est peut-être qu’on a trop dit que Trump ne devrait pas dire ce qu’il disait. On a trop entendu qu’il était impensable qu’il puisse dire ce qu’il disait. Je suis en profond désaccord avec cette idée. Je veux que Trump et tous ceux de son espèce puissent livrer le fond de leur pensée, c’est l’idée au cœur même de la liberté d’expression. Aucune entrave à la parole, et nous pourrons montrer que celle-ci est fausse, comme Voltaire et tant d’autres l’ont pensé.

Mais il est trop tard, la seule chose que nous pouvons faire maintenant est de prévenir la prochaine catastrophe. Défendez la liberté d’expression. Dites ce que vous pensez. C’est dans la parole du peuple, celle de tout un chacun, que se trouve le véritable état de la langue. Parlez des tabous, questionnez-vous, dites ce que vous n’osez pas dire. Parlez.

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