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Vol XXII No 4, Les femmes, les arts et la culture au Bas-Saint-Laurent

La passion des glaces

La passion des glaces

24 janvier 2017 par 

Aujourd’hui, le Circuit québécois de Canot à glace nous permet de nous imprégner de cette tradition. Le circuit comprend sept courses réparties sur le fleuve Saint-Laurent depuis Montréal jusqu’à Rimouski. Photo : Bastien Bourgault

Il est 6 h 30 du matin. Bas de néoprène enfilés, protège-tibias « tapés », crampons aux pieds, l’échauffement débute. Après quelques pas de course, nous nous lançons. Inspirer, trotter, sauter, ramer, expirer, trotter, pousser, tirer : autant d’actions à mener durant la prochaine heure. Autant de gestes qui assurent la continuité d’une tradition depuis longtemps établie.

Au XVIIe siècle, les colons européens, inspirés des peuples autochtones, utilisaient leurs techniques de navigation hivernale. Les canots étaient toutefois remplacés par des pirogues afin de transporter courrier, marchandises et personnes d’une rive à l’autre. Le métier de passeur était né et s’est transmis de père en fils, de génération en génération, principalement chez les insulaires, entre autres ceux de L’Isle-aux-Grues, de L’Isle-aux-Coudres, de l’Île au Canot, de l’Île Sainte-Marguerite. Une fois l’hiver arrivé, les habitants cédaient leur île aux glaces et ne pouvaient compter que sur le canot à glace comme moyen de transport pour rejoindre le continent. S’il fallait d’urgence amener une femme à l›hôpital pour accoucher, c’était aux passeurs que revenait la mission.

Le canot de près de 600 livres était généralement tiré par cinq hommes, parfois par deux et, dans de rares cas, par un seul. Les traversées duraient de deux à sept heures, selon la distance, les conditions et l’approvisionnement. Les passeurs, munis d’un équipement remarquablement simple, effectuaient leur trajet comme on ne les imagine plus aujourd’hui. Armés d’une pagaie, de bottes de caoutchouc et d’un chandail de laine, ces hommes s’éloignaient des berges, agiles et endurants, une cigarette au coin de la bouche.

C’est au début des années 1900, lorsque les premières goélettes firent leur apparition, que les passeurs ont disparu. Malgré la fin de cette époque, la pratique du canot à glace s’est perpétuée, autant par tradition que dans une forme compétitive. Déjà, en 1894, une première course rassembla une trentaine de canotiers dans le cadre du Carnaval de Québec. Entre 1894 et 1955, une dizaine de courses ont été organisées et, à partir de 1955, la course du Carnaval de Québec a été officiellement établie. Les premières équipes féminines ont pu y prendre part en 1987.

Aujourd’hui, le Circuit québécois de Canot à glace nous permet de nous imprégner de cette tradition. Le circuit comprend sept courses réparties sur le fleuve Saint-Laurent depuis Montréal jusqu’à Rimouski. Chaque course est un événement qui rassemble des centaines d’amateurs de sports extrêmes ainsi que des descendants de passeurs, qui rament ou trottent à la mémoire de leurs ancêtres.

Symbole de fierté et héritage national, le canot à glace fait partie, depuis le 9 février 2014, du patrimoine culturel du Québec.

Inspirer, trotter, sauter, ramer, expirer, trotter, pousser, tirer. Il est 7 h 30, nous rentrons à la marina. Les filles et moi sommes essoufflées, le visage rougi par l’activité et le froid. Un sentiment de plénitude nous enveloppe. Le sourire aux lèvres, nous nous félicitons. Nous sommes fières de pratiquer ce sport et nous aimons partager à qui le veut notre passion : celle des glaces.

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