Je suis venue, j’ai vu, j’ai vécu

Je suis venue, j’ai vu, j’ai vécu

25 janvier 2017 par 

Camille Rajotte. Photo: art.ulaval.ca

Depuis plus de dix ans, Caravansérail présente à la communauté rimouskoise des œuvres d’art actuel, tout en se consacrant au soutien et à la promotion de la relève. Établi dans une ancienne salle de cinéma, le centre d’artistes doit parfois renoncer à des projets artistiques à cause de l’inclinaison du plancher. Depuis 2015, une campagne de financement participative vise à ramasser les sommes nécessaires à la construction de structures amovibles qui, en atténuant la pente, permettront d’accueillir un plus grand éventail de propositions artistiques.

Un merveilleux et problématique plancher

En septembre 2015, l’artiste Kevyn Durocher1 a présenté Apprendre à tenir, une exposition s’inspirant des contraintes et de la richesse de ce lieu. Son installation d’objets portés à la limite du déséquilibre abordait la précarité des choses. Dans Porter vers le haut de Camille Rajotte, qui a pris fin le 17 décembre dernier, c’est la salle d’exposition de Caravansérail qui est devenue à la fois le sujet et le matériau d’un projet d’installation réalisé in situ.

Des lieux communs qui n’ont rien de ban[c]al

S’inscrivant en continuité avec les formes d’art actuel qui mêlent l’art, l’urbanisme et l’activisme1, la démarche de Rajotte consiste à utiliser les particularités d’un espace pour en explorer les vides et les pleins de manière à redéfinir les interactions et les rapports entre les personnes qui fréquentent des lieux sociaux communs.

Ainsi, dans Porter vers le haut, ce n’est plus le plancher incliné de Caravansérail, enchâssé entre deux modules de formes abstraites, qui forme le point focal des observations, mais bien, par un effet de renversement, le plafond. En reproduisant au sol les formes du plafond, Rajotte transforme la salle d’exposition, qui fait figure de coquille vide, en un espace montrant en plein une structure souvent négligée par le regard ordinaire, porté vers l’horizon ou le bas. Les deux modules, reflets inversés du plafond, situés de part et d’autre de la salle, invitent à la contemplation, à la déambulation et à la réflexion. En parcourant les lieux, on a même l’impression que la pente s’amenuise. On découvre qu’il devient possible, pour autant qu’on accepte de dépasser ce qui semble bancal en l’embrassant, de faire surgir de nouvelles modalités d’occupation et d’appropriation de l’espace.

En traitant la salle d’exposition de Caravansérail à la fois comme contenant et comme contenu, Camille Rajotte crée un environnement où l’imagination, les perceptions sensorielles et la relation avec les autres peuvent s’ouvrir à d’autres points de vue. Elle nous invite à vivre et à habiter autrement l’espace. Bref, à nous élever.

Expositions à venir : du 2 février au 11 mars 2017, Caravansérail accueillera Jérémie St-Pierre, artiste visuel et médiatique, et du 30 mars au 6 mai, Laurent Lévesque, qui a récemment présenté Lumens à Rimouski.

1. Guillaume B. Turenne parle du rapport entre l’espace public et l’art dans « L’espace public comme lieu de rencontre : Syn et Thomas Hirschhorn », Ex_situ, 23 avril 2010, revueexsitu.com.

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