dernier numéro

Spécial Carrousel international du film de Rimouski

Bercer le loup : endormir un héritage de haine

Bercer le loup : endormir un héritage de haine

25 janvier 2017 par 

Rachel Leclerc, Bercer le loup, Leméac, 2016, 192 p.

Dans son sixième roman publié chez Leméac, Rachel Leclerc campe son univers dans le territoire de Forillon, en 1971. Cette année, chargée d’un héritage éprouvant pour de nombreux Gaspésiens, marque l’expulsion par le gouvernement fédéral de plus de trois cents familles pour créer un parc national.

C’est dans ce passé amer que les enfants de Louis et de Michelle Synnott grandissent. Après avoir vu leur maison incendiée par l’agent gouvernemental André Le Sueur, la famille Synnott se réfugie à Carleton-sur-Mer. Malgré les années qui défilent, le loup de la meute n’oublie pas « le Pyromane et son Sous-fifre, comme il les appelait désormais […] et il lançait tout ça aux pieds de sa propre famille exaspérée ».

La romancière dépeint une famille dépossédée chez qui le devoir de venger le tort se transmet à Janice, la petite-fille de Louis et Michelle, décrite comme « une adolescente à l’esprit fragile qui croit de son devoir de l’éliminer [André Le Sueur] comme on retire un vilain mot du dictionnaire, un mot qu’on ne doit plus jamais prononcer ».

Janice, 16 ans, entreprend donc seule d’honorer la famille Synnott en faisant payer Ulysse Le Sueur, le fils d’André, qui mène une vie ordonnée avec Éric, son amoureux. Loin de comprendre la portée de ses actes, Janice replonge tous les personnages dans de douloureux souvenirs, à commencer par Michelle, « furieuse contre tout le monde ». Malgré de forts sentiments de vengeance et d’impuissance qui pèsent sur tous, la résilience finit, au fil des pages, par apaiser leur conscience.

L’écriture de Rachel Leclerc donne vie à sa Gaspésie natale avec une grande sensibilité : « Une trouée dans les nuages et une percée de soleil rendaient l’eau vert émeraude, puis turquoise, et cette eau s’avançait en une succession de longs rouleaux bas et transparents, ourlés d’une mousse d’un blanc perlé. » À l’image des grandioses paysages gaspésiens, les personnages de Bercer le loup sont dotés d’une force tranquille qui laisse entrevoir, lorsque les valeurs familiales sont touchées, une grande intensité. Il faut dire que la Gaspésie est un lieu récurrent dans l’œuvre de Leclerc. C’est dans ce coin de pays que se déroule la trame de Noces de sable (1995) et de La patience des fantômes (2011).

Active depuis maintenant trente ans, Rachel Leclerc apparaît encore une fois avec ce sixième roman comme un maillon fort de la littérature québécoise. Bercer le loup fait vivre des personnages écorchés qui tentent de s’affranchir d’une mémoire héritée d’un défunt loup blessé. 

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe