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Spécial Carrousel international du film de Rimouski

Le train de Saint-Glinglin de l’Avenir

Le train de Saint-Glinglin de l’Avenir

19 juillet 2015 par 

Comment ne pas avoir peur devant cette absence de raison dénuée de toute folie? — Raymond Queneau

L’Avenir, avant d’être une municipalité du Centre-du-Québec, a été un journal fondé par Jean-Baptiste-Éric Dorion en 1847; patriote dans l’âme, ce dernier appelait de ses vœux un gouvernement responsable avec imputabilité ministérielle. Saint-Octave-de-l’Avenir est un village gaspésien fermé en 1971 dans le cadre du Plan de développement de l’Est du Québec du gouvernement libéral de Robert Bourassa. La création des deux villages s’inscrivait à l’époque dans une politique d’occupation du territoire que l’on appelait « colonisation », une tendance qui s’est par la suite inversée.

Depuis le XIXe siècle, la planète n’a cessé en effet de s’urbaniser. Selon un rapport de l’ONU de 2014, 54 % de la population mondiale vit dans des zones urbaines, et le phénomène est en croissance. Parmi les plus grandes cités du monde : Tokyo, 38 millions d’habitants (plus que la population totale du Canada); New Delhi, 25 millions d’habitants; Shanghai, 23 millions d’habitants; Mexico, Bombay et São Paulo, 21 millions d’habitants.

Au Québec, la moitié de la population vit dans la région de Montréal, même chose en Ontario avec Toronto. Fermer les régions excentrées n’est peut-être pas une simple chimère d’hommes d’affaires obtus, mais la catastrophe annoncée d’une « maudite machine » capable de s’emballer en un cauchemar que décrivent des romans d’anticipation tels Globalia de Jean-Christophe Rufin ou encore Zones 5 de Michel Vézina.

Quel est le niveau de stress « acceptable » généré par une densité de population pour le milieu naturel et les humains? Celui qui maintient la qualité de la vie : qualité de l’eau, de l’air, des aliments, du logement, du transport, etc. Par conséquent, à moins d’appliquer la règle de concentration jusqu’à l’absurde, les villes moyennes, en offrant une vie plus saine, devraient avoir de l’avenir.

Rimouski, à cet égard, possède plusieurs atouts : ville universitaire avec une vie culturelle dynamique, la nature est à ses portes, l’air y est pur, les bouchons de circulation inexistants et la diversité de sa population s’améliore avec les ans. Il n’est donc pas surprenant que l’indice de bonheur de ses habitants y soit élevé (en tête du palmarès en 2012 et 2013). Or pour jouer son rôle de capitale régionale, Rimouski a besoin que les autres villes de la région, Rivière-du-Loup, Matane et Gaspé notamment, soient prospères, que la population soit en croissance et ait accès à des cégeps aux programmes variés, et enfin que le développement économique ne soit plus cantonné aux seuls secteurs des ressources naturelles. Qui plus est, pour que l’économie régionale puisse négocier un virage vers la transformation, l’innovation et la technologie, il faut certes du savoir, mais aussi un transport interurbain régional et national opérant, car le développement économique nécessite encore et toujours un transport efficace et rapide des personnes et des marchandises. Sans transport rapide, la région n’aura jamais un grand pouvoir d’attraction.

Lors d’une entrevue accordée à Michel Lacombe en février dernier, Jacques Parizeau expliquait qu’advenant l’indépendance du Québec — comme l’argent rapatrié d’Ottawa ne pouvait être géré au centre seulement—, il aurait fallu revoir les responsabilités des municipalités et des régions.

L’avenir de la politique sera municipal ou ne sera pas.

Les politiques d’austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard font mal aux régions. Imaginons un instant l’effet d’entraînement que pourrait avoir le dépérissement de l’UQAR et des cégeps de la région. Et celui des organismes socio-culturels. Combien de temps avant que la région ne soit plus que l’ombre d’elle-même? On n’en est pas encore là, les ponctions en éducation et ailleurs auront toutefois de lourdes conséquences. Le Plan Nord? Une stratégie de développement d’un autre siècle. Comme le disait Parizeau, la seule chose que l’on sait d’une mine, c’est qu’elle fermera un jour. Le transport? Il semble qu’on nous condamne à regarder le train passer, au cœur de la ville, chargé du pétrole sale de l’Alberta, et à nous croiser les doigts pour qu’il ne déraille pas. Et le CN qui ne se gêne pas pour souiller une rivière à saumons…

Si l’avenir est en ville, ici, c’est au sein d’un archipel de villes qu’il aurait la meilleure perspective. Soyons créatifs, parce qu’avec un gouvernement libéral aussi myope, on risque d’attendre l’avenir à la gare de Saint-Glinglin. Mais « doukipudonktan »?

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