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Vol XXII No 4, Les femmes, les arts et la culture au Bas-Saint-Laurent

Soumission

Soumission

4 juin 2015 par 

À l’œil expectatif des insoumis – Tristan Tzara

Je ne suis pas particulièrement friande des romans de Houellebecq, pourtant j’ai apprécié Soumission, non seulement à cause de sa lecture fluide, grâce à l’efficace d’un style sans style, mais surtout à cause du miroir qu’il tend à l’Occident. Rappelons ce qui choqua certains : dans la France de 2022, pour contrer la montée du Front national, Mohammed Ben Abbes, leader modéré de la Fraternité musulmane, est élu président de la République avec le soutien des autres partis politiques (PS, UMP et autres). Voilà pour la première couche d’opportunisme.

Son narrateur, François, un professeur désenchanté, spécialiste de Huysmans, − cet écrivain misanthrope qui, à l’instar de Claudel et de Péguy, s’est converti tardivement au catholicisme − se convertira à l’islam pour conserver son poste à l’université (devenue islamiste), voir son salaire tripler et la polygamie régler son dilemme entre femmes pot-au-feu et étudiantes baisables dont il doit changer chaque année. Et François d’admettre que la disparition des femmes en jupes lui procure finalement un effet d’apaisement. Deuxième couche d’opportunisme.

En nous offrant une relecture de Huysmans, ce roman nous rappelle le passé très catholique de la France et le fait que la laïcité s’est construite contre la religion catholique. Les allusions à l’Empire romain m’ont rappelé mes cours de littérature latine où l’enseignant nous expliquait que la chute de l’empire avait été la fin d’un monde. Parce que la nature a horreur du vide, c’était le groupe le mieux structuré qui finissait par occuper l’espace laissé vacant; en l’occurrence, la religion des premiers chrétiens est ainsi devenue l’Église catholique romaine, une institution de pouvoir ayant phagocyté des rites païens. Autre couche d’opportunisme.

L’inconfort que Houellebecq distille vient de ce malaise qui s’installe devant la propension de l’humain à courber si facilement la tête, propension qu’avait si bien identifiée Étienne de la Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire rédigé en 1549, à l’âge de 18 ans.

Pourquoi cette impression crasse qu’on exige de nous de plus en plus de soumission? Au Canada, le projet de loi C-51 pourrait potentiellement compromettre la liberté de critiquer le système politique en place. L’esprit va-t-en-guerre qui règne à Ottawa n’a plus rien à voir avec ce Canada des Casques bleus et le Prix Nobel de la paix de Lester B. Pearson en 1957. Au Québec, le gouvernement Couillard nous impose un régime d’austérité sans nous expliquer que ce sont les changements dans les paiements de transfert du fédéral qui causent les problèmes de budget des provinces et il ose nous dire que, parce que nous recevons de la péréquation (un remboursement d’impôt payé en trop pourtant), il faudrait accepter les risques environnementaux des pipelines du sale pétrole bitumineux, alors que c’est déjà trop que les impôts québécois subventionnent cette aberration albertaine. Comme le dénoncent les pancartes des étudiants, ce gouvernement n’avait pas annoncé son itinéraire avant son élection. Quelle est la prochaine étape? Une fois les services de l’État bien amochés, nous dire que la seule solution est de transférer le tout au privé?

La violence policière déployée contre les étudiants dans des manifestations ne fait sourciller personne, et on se surprend ensuite que des insoumis regimbent. Avez-vous vu à la télé ces policiers défoncer à coups de masse des vitrines à l’UQAM alors qu’il leur aurait suffi d’utiliser une des nombreuses portes d’accès du pavillon? Quelle est la commande politique? On voudrait démolir l’UQAM que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Pour la soumission, il faut de la répression, et il n’y a rien comme la provocation pour susciter la violence dont on a besoin pour justifier la répression.

Mais pour moi, le comble a été d’apprendre récemment que certaines garderies interdisaient maintenant aux enfants de parler durant les repas! On ne va tout de même pas imposer aux enfants la règle des réfectoires monastiques! Il y a pourtant tellement à apprendre dans l’expérience de la convivialité.

La démocratie se nourrit de débats, de désaccords, de discussions enflammées et parfois même d’affrontements, car la grande unanimité est toujours celle des régimes autoritaires. Notre démocratie est malade et l’individualisme myope. On ne veut jamais voir que le pire peut arriver, alors on regarde ailleurs croyant sauver ses fesses. Attention l’histoire bégaie!

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