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Vol XXII No 4, Les femmes, les arts et la culture au Bas-Saint-Laurent

Pigeons, dindons et maladies de basse-cour

Pigeons, dindons et maladies de basse-cour

17 janvier 2015 par 

Attentats sur le sol canadien. On a en beaucoup parlé en se questionnant sur la santé mentale des agresseurs. Au même moment, un journaliste français tentait l’expérience de se brancher au réseau social de djihadistes : il lui a suffi d’exprimer sa curiosité pour être en quelques jours inondé de références djihadistes grâce (ou à cause) de l’efficacité « fesse de bouc ». Cette aventure algorithmique n’est pas sans évoquer une expérience béhavioriste où des pigeons en cage étaient nourris à un rythme aléatoire. Si un pigeon avait l’heur d’être nourri au moment où il levait la patte, il répétait le mouvement dans l’espoir d’une nouvelle récompense. Plus il levait la patte, plus se confirmait un rapport de cause à effet. À la fin, tous les pigeons étaient à répéter un mouvement, qui de la patte, qui de l’aile, comme s’ils étaient tous fous.

Des moyens colossaux peuvent être mis en œuvre pour injecter de l’information virale, et les privilèges du 1 % fabriqueront de plus en plus de désespoir sur cette planète, alors on aurait intérêt à se préoccuper davantage de notre santé mentale collective.

L’État québécois serait malade. Il faut le soigner par l’austérité, dit Coiteux. Comme dans un ballet orchestré par Molière, trois docteurs improvisent purges, amputations, lavements et jeûnes. Peu importe les conséquences. « Ils n’en mouraient pas tous, mais tous en étaient atteints. » Pourtant on connaît les effets post-traumatiques de l’austérité. Gageons que l’objectif est d’annoncer des baisses d’impôt dans quatre ans afin d’être réélu par les dindons de la farce. Pire encore, peut-être que Couillard veut simplement prouver que lui réussira la « réingénierie » de l’État ratée par l’autre. Jouer à celui qui pisse le plus loin peut toutefois s’avérer dangereux si le vent tourne. Croisons-nous les doigts.

Radio-Canada. Il n’y a pas de meilleure illustration du proverbe : « Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage. » On vit dans un pays qui ne se cache même plus pour attaquer l’information, à commencer par l’information scientifique.

La cathédrale de Rimouski est fermée. Déjà en 1960, elle était dans un tel état qu’on se demandait s’il ne valait pas mieux l’euthanasier. Et ça recommence. Et le pape s’en lave les mains. Les monumentales églises du Québec, les objets de culte en or et le train de vie du clergé d’antan ont été payés par la dîme et la quête du dimanche versées en grande partie par le pauvre monde effrayé à la perspective des flammes de l’enfer. L’Église catholique romaine ne prêchait les vertus de la pauvreté et de l’humilité que pour les autres, gardant par-devers elle la maxime : « Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Le péché d’orgueil se fait lourd en période de décadence. Les modestes églises anglicanes ont beaucoup moins de mal à survivre ou à se recycler. Mais que faire pour garder cette signature du paysage urbain rimouskois?

Le moins cher serait de la laisser se dégrader pour créer une œuvre in situ. Grandeur et décadence : formation d’une ruine en direct, attraction touristique d’inspiration romaine. Ou la redonner au peuple avec des excuses. N’en garder que la façade comme on l’a fait pour des pavillons de l’UQAM et la transformer en maison de la culture, y exposer la collection permanente du musée, y installer le Répit du passant, Moisson Rimouski-Neigette, une salle de méditation ou la coop Paradis, mais de grâce ne plus jamais y dire la messe.

Racisme, sexisme, même combat. Aux États-Unis, on manifeste contre le racisme d’un État trop blanc; au Québec, des femmes dénoncent les agressions sexuelles dont elles ont été victimes. Certaines choses changent, mais le mal profond subsiste. Éradiquer ce mal serait probablement éradiquer la racine du mal.

Et si les hommes incapables de violence envers les femmes ainsi que les juifs, les musulmans et les chrétiens heurtés dans leur foi par l’intégrisme, si ceux et celles reconnaissant tous les humains comme égaux décidaient en même temps de ne plus détourner leur regard et de sortir du silence. Ce serait la fin de l’hypocrisie. Il faudrait pour cela un antidote à la peur, car l’humain est si vulnérable à la peur que la peur peut être une arme, celle de toutes les atrocités. Il n’est pire aveugle que…

Vole pigeon vole!

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