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Témoignage : Quand Goliath a le dessus sur David

Société de l’assurance automobile du Québec

Témoignage : Quand Goliath a le dessus sur David

6 juillet 2013 par 

Le premier accident a été causé par un jeune conducteur en état d’ébriété, le second par la glace noire et le troisième par un conducteur distrait alors qu’il utilisait son téléphone cellulaire. Photo : Pierre Harrison

Saviez-vous que la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) est beaucoup plus prompte à prescrire des antidépresseurs qu’à verser des indemnités ? Stratégie ? Saviez-vous que la SAAQ a augmenté les primes d’assurance automobile après avoir laissé le gouvernement faire des ponctions de 2,2 milliards de dollars ? Saviez-vous que certaines personnes s’épuisent psychologiquement et financièrement pendant que leur dossier traîne plus de dix ans, voire 20 ans sans être réglé ? La base des régimes et des contrats d’assurance de la SAAQ est de procurer à l’assuré la tranquillité d’esprit et une garantie d’être assuré en cas d’accident de la route. Cependant, selon plusieurs témoignages, ce n’est pas la réalité dans de trop nombreux cas. Un peu d’histoire En 1978, la ministre Lise Payette instaure le régime public d’assurance automobile du Québec basé sur le principe « sans égard à la faute ». Entre 1980 et 1990, période où le Parti québécois et le Parti libéral ont été portés au pouvoir, le gouvernement québécois a pigé 2,2 milliards de dollars dans la caisse de la SAAQ. Cette décision a laissé des traces indélébiles sur les finances de l’organisme, ce fut la plus grosse erreur de l’histoire de la SAAQ. Ce n’est qu’en 2004 qu’un fonds d’assurance automobile du Québec est créé pour que l’argent des assurés serve uniquement à l’indemnisation, à la prévention et à la sécurité routière. En 2006, un rapport du Conseil d’experts sur le financement du régime public d’assurance automobile est déposé. Ces experts recommandent la hausse des contributions comme solution à la situation financière alarmante. Aujourd’hui, les accidentés sont lésés, non par la hausse des contributions en soi, mais par le manque de services aux contribuables victimes de la route, les difficultés auxquelles ils font face pour faire reconnaître leurs droits et la gravité des blessures subies. Que dire des procédures sans fin comme les expertises psychiatriques ou médicales chroniques. Certaines sont même défrayées par les victimes au moyen de prescriptions non fondées d’antidépresseurs qui rendent amorphes. À cela s’ajoute la ribambelle de délais interminables. Ce cercle vicieux entraîne, pour certains, l’abandon de leur démarche d’indemnisation, les privant ainsi de l’argent auquel ils ont droit. Pour d’autres, c’est le combat constant de David contre Goliath. Plusieurs y perdent travail, famille, amis, autonomie et dignité. Pour les moins combatifs, confinés dans l’isolement, incapables de s’extirper de ce rouage malsain, c’est la détresse profonde. Ils mettent fin à leur vie. Fait vécu La SAAQ semble avoir développé une stratégie de découragement chez les accidentés lourds de la route pour ainsi se dégager de sa mission première. Un député de la région trouve même anormal que cette société d’État soit si « hermétique ». Victime de trois accidents de la route, dont le premier en 1990, Alain est toujours en litige avec la SAAQ. Sa vie, ainsi que celle de sa famille, est déséquilibrée à cause de toute l’injustice et de l’inertie de la SAAQ. Il dit : « Je suis davantage victime de la lourdeur administrative de la SAAQ que des trois accidents de la route. » Des accidents qui lui ont infligés cassures, isolement, déprime et amputation. David contre Goliath : 22 ans de détresse. Le premier accident a été causé par un jeune conducteur en état d’ébriété, le second par la glace noire et le troisième par un conducteur distrait alors qu’il utilisait son téléphone cellulaire. À la suite de ce dernier événement, son pied gauche a été amputé. Le 18 décembre 2012, après une rencontre de conciliation, le règlement d’un des trois dossiers se termine par une entente entre les deux parties rendant le versement d’indemnités exécutoire. À ce jour, les indemnités n’ont toujours pas été versées. Ce David, c’est mon frère Comme action de contestation, face à l’injustice d’une société d’État dont les procédures causent préjudices aux accidentés de la route, je fais le choix éclairé de ne plus laisser le soin à la SAAQ de gérer mes assurances. Par le fait même, je choisis de payer à la SAAQ le droit d’immatriculation sans contribuer à leur assurance, deuxième montant sur l’avis de paiement. Il est possible de choisir une assurance privée en cas d’accident de la route.
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