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Vol XXII No 3, janvier-février 2017

Notre histoire est une des pas pires

Notre histoire est une des pas pires

6 juillet 2013 par 
Ainsi chantait un écolier qui, ignorant le mot épopée, avait interprété de son mieux un des versets de notre hymne national. Le gouvernement fédéral actuel, qui a le sens de l’épopée, souhaite pour sa part enrichir l’enseignement de l’histoire canadienne, de victoires militaires notamment, pour la plus grande gloire du Canada. Au Québec, des historiens se plaignent depuis le milieu des années 1990 de l’indigence de l’enseignement de l’histoire. Récemment, une Coalition pour l’enseignement de l’histoire réclamait une refonte des programmes pour permettre « une meilleure connaissance de l’histoire du Québec, du Canada et de l’histoire du monde occidental et non occidental1 ». Il n’en fallait pas plus pour que se déclenche une polémique menée par ceux qui voyaient dans ce plaidoyer une volonté d’instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques. Certains avancent même que l’histoire enseignée devrait être tournée vers l’avenir (!). Force est de constater que nous avons du mal à nous entendre sur le récit de notre histoire collective. Doit-on y voir cette dictature du présent qui afflige notre époque, celle du clic et de l’obsolescence programmée ? Où est-ce le fait que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs ? Perdre un référendum ou être vaincus En 1980, nous savions que le référendum avait été perdu et que l’engagement solennel de Pierre Elliott Trudeau pour le changement avait joué un rôle crucial dans cette lutte démocratique ; mais c’est le rapatriement de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, en 1982, sans l’accord du Québec, qui nous a véritablement transformés en vaincus. Qui plus est, la publication de l’ouvrage La bataille de Londres de l’historien Frédéric Bastien nous apprend que les tractations en vue de ce rapatriement ont été faites en rupture avec la séparation des pouvoirs politiques et juridiques qui fonde la loi de ce pays, s’apparentant ainsi à un coup d’État constitutionnel. Raison d’État, dirait l’histoire de la nation canadienne selon laquelle Elliott Trudeau est le héros qui a su créer le Canada moderne et lui donner un drapeau. En 1995, nous savions que nous n’avions pas gagné le référendum, et ce, par 54 288 voix, mais nombreux étaient les Québécois qui n’étaient pas absolument convaincus de l’avoir perdu. Et pour cause. Non-respect des règles des dépenses autorisées, citoyenneté canadienne octroyée à toute vapeur et en nombre record, et j’en passe. Lors des audiences de la commission Gomery, dont le mandat était de faire la lumière sur le « scandale des commandites », Jean Pelletier, chef de cabinet de Jean Chrétien en 1995, avouait que tous les moyens étaient bons pour empêcher la scission du Canada. De plus, en votant la Loi sur la clarté, le parlement canadien se dotait d’un outil juridique lui permettant de ne pas reconnaître un éventuel référendum gagnant. Nombreux ont été les souverainistes qui ont alors compris que faire du Québec un pays dans le respect des règles démocratiques par la voie d’un référendum était devenu quasi impossible. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de l’impasse politique actuelle de l’option souverainiste, car s’il ne s’était agi que de convaincre 1 % de Québécois… Espace horizontal de l’éternel présent : la marchandisation L’histoire ne peut faire bon ménage avec l’hédonisme instantané et la consommation compulsive. Si le trait distinctif de la pensée humaine est la capacité à imaginer des représentations du futur, c’est grâce à la mémoire. Or le credo économique veut que nous consommions sans tenir compte des répercussions sur la planète, alors ce système ne peut que se déployer dans l’espace horizontal d’un éternel présent. Out la mémoire, brisé le lien avec la terre. Oblitérons les conséquences de notre consommation sur le climat. Entre notre assiette et la terre nourricière ne subsistent plus que l’argent et la compétition pour les marchés. Le savoir étant une marchandise, l’éducation devient un investissement personnel. La culture, une industrie de divertissement où les œuvres deviennent des produits jetables à rentabiliser. L’industrie pharmaceutique trouve de nouvelles molécules et invente les maladies pour nous les vendre. Sur nos écrans miroirs, fascinés que nous sommes par le gazouillis branché, l’actualité est celle du dernier clic. I like you, oh like me too ! Un peu de verticalité, plus d’humanité Le devoir de mémoire est le devoir de tout être humain. Quant à notre histoire collective, c’est celle de l’aventure française en Amérique. Je ne doute pas qu’elle puisse être racontée de manière captivante à tous les Québécois, de souche ou de bouture : ses grands explorateurs, ses conquêtes de territoire grâce à une alliance avec des peuples amérindiens, son génie politique pour sa survivance après la Conquête. L’histoire de notre nation est une des marques indélébiles de la diversité culturelle de l’Amérique en dépit de l’empire voisin qui a l’impudence de s’approprier le nom du continent. Voilà qui nous donnerait de bonnes raisons de célébrer ensemble la Saint-Jean, cette fête païenne du solstice qui remonte à la nuit des temps et que nous célébrons depuis notre arrivée sur ce continent. Pour rêver d’un Nouveau Monde !
  1. www.coalitionhistoire.org
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