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Vol XXII No 6, Agriculture et autres jardins

Sourdingue : ce Charest, quel gestionnaire !

BILLET

Sourdingue : ce Charest, quel gestionnaire !

13 août 2012 par 

Qui n’a pas d’oreilles pour écouter

n’a pas de tête pour gouverner.

– proverbe

Pompier pyromane, Jean Charest a-t-il perdu le nord ?

L’écran de fumée destiné à masquer l’odeur de corruption est devenu incendie. Le gouvernement a choisi l’intransigeance. Et il s’entête. Pourquoi ?

Cette crise coûte plus cher au contribuable que la hausse elle-même pendant cinq ans. Sans compter les autres dégâts.

La loi 78, qui inquiète même les Nations Unies, a jeté de l’huile sur le feu et distillé une odeur de vengeance. Parce que les étudiants ont gâché le cirque médiatique du Plan Nord et fermé la fenêtre électorale du printemps.

La masse silencieuse applaudit celui qui tient le bâton, car elle reconnaît la voix du maître. Triste constat. C’est ce qui rend les dérives autoritaires possibles, comme l’écrivait déjà au XVIe siècle La Boétie dans La servitude volontaire.

J’ai gagné, je n’ai pas à écouter ceux qui ne sont pas d’accord avec moi. Comme cet autre qui dirige le Canada de telle manière que même le fils Trudeau ne sait plus comment être fédéraliste ! Sa loi sur l’emploi, la croissance et la prospérité durable (C-38) abat ce qui fait obstacle au capitalisme sauvage avec la grâce d’un bulldozer. Même arrogance, même credo néolibéral.

Charivari opus 78 : désobéissance civile festive

Quand un gouvernement n’a plus d’autorité morale, il ne lui reste que le bras de sa milice. Cette loi inique a déclenché de Havre-Saint-Pierre à Amos une joyeuse symphonie de casseroles, avec des échos coast to coast et même jusqu’aux USA. Bonjour la police !

Des négociations ?

Les étudiants ont décidé de prendre le gouvernement au mot et d’accepter les paramètres proposés : ils ont concocté à même les crédits d’impôt étudiants une solution qui fournit aux universités l’argent réclamé, et ce, sans hausser les droits de scolarité et sans que le gouvernement ou les contribuables ne versent un sou de plus pendant deux ans. Ils acceptaient la hausse pour les cinq années suivantes. Brillant !

Ce ne sont pas des enfants-rois, mais d’habiles négociateurs. Cette génération est la mieux formée, la mieux informée, la mieux organisée que le Québec ait connue.

Pris à son propre piège, le gouvernement a choisi de claquer la porte. C’est la deuxième fois qu’il quittait la table inopinément. Qui fait l’enfant gâté ?

Une posture électorale dangereuse et irresponsable

Le chef du Parti libéral ne peut plus nous faire croire qu’il cherche à financer les universités, à mettre fin à la crise. Non, il se cherche une posture électorale, un nouveau réservoir à slogans. Moi, j’écoute la « majorité » silencieuse ! La loi et l’ordre, c’est moi ! Vaut mieux en effet perdre des élections sur ce thème que par suspicion de corruption.

S’il y a grabuge cet été, il semble faire le pari qu’il pourrait remporter les élections en tablant sur le fait que la « majorité » silencieuse n’aime pas le désordre ; il espère peut-être que tout ce qu’elle souhaite, c’est pouvoir regarder La poule aux œufs d’or en paix ou tondre le gazon en rêvant de gagner le gros lot.

Gagner à n’importe quel prix. Dangereux et irresponsable, vous dis-je.

En guise de bilan

Le chef du Parti libéral n’aime pas la gestion, les détails l’ennuient ; il préfère les grandes rencontres internationales. Il aime sa maison à Westmount, son chalet à North Hatley (un train de vie que ne lui permet pas son seul salaire de premier ministre) et les invitations au domaine Sagard.

Député dès l’âge de 26 ans, il ne connaît que la politique politicienne. S’il peut discourir brillamment sur n’importe quel dossier, il semble n’en connaître aucun à fond. Sans vergogne, il excelle au jeu des demi-vérités. Comme leader, il improvise à partir de quelques principes néolibéraux, comme on l’a vu avec les PPP, l’appel d’offres en énergie éolienne, les gaz de schiste, les droits miniers sur Anticosti, le Plan Nord, etc. Les infrastructures coûtent des milliards en trop à cause de la collusion, mais pendant deux ans, il refuse la création d’une commission d’enquête. Les dommages collatéraux d’une crise sociale, son moindre souci.

Quelques constantes : servilité à l’égard du monde des affaires, nananes aux tiz’amis du parti et peu de profits pour l’ensemble des Québécois.

Un conseil du National Post

À la mi-avril, Michael Carin, dans le National Post, suggérait à Jean Charest de démissionner et de se faire oublier quelques années dans le bureau d’une pétrolière à Calgary pour le bien du Canada ( !). Calgary ? Good idea ! Go Johnny go go go !

D’ici là

Avant que tout soit vendu... On trouvera peut-être le temps de se faire un pays, un pays propre, où le bien commun est sacré, comme l’aurait tant souhaité Félix Leclerc :

Les fruits sont mûrs

dans les vergers

de notre pays.

Ça signifie

l’heure est venue…

Si t’as compris…

Mais il faudra se retrousser les manches parce qu’il y a un grand, très grand ménage à faire dans la classe politique...

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