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Vol XXII No 5, Printemps érable, 5 ans plus tard

Les hydrocarbures non conventionnels et la formation géologique de York River en Gaspésie

Lettre de la bergerie

Les hydrocarbures non conventionnels et la formation géologique de York River en Gaspésie

14 mai 2012 par 

L’entreprise Pétrolia a effectué des « tests d’injectivité » à ses puits de Haldimand à Gaspé, c’est-à-dire un essai de fracturation hydraulique à petite échelle (La Presse, le 24 septembre 2011). Ces tests sont également préliminaires à la fracturation hydraulique proprement dite1. Dans un article publié dans le quotidien Le Devoir, le 7 février 2012, on peut également lire ceci :

« La vice-présidente de Pétrolia, Isabelle Proulx, a indiqué hier que ces derniers travaux ont surtout servi à faire “casser” la roche en profondeur. Mais elle a refusé de parler de “fracturation hydraulique”. Fait à noter, toutes les opérations de fracturation hydraulique, que ce soit sur des puits gaziers ou pétroliers, doivent en théorie être effectuées dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) lancée par le gouvernement libéral l’an dernier pour étudier le gaz de schiste et le pétrole. »

Il faut bien comprendre que les projets à Haldimand sont effectués au sein des grès (groupe géologique de Gaspé) de la formation géologique de York River. On peut lire ceci sur le site web de Pétrolia au sujet de cette formation : « La Formation du York River s’apparente au gisement non conventionnel de Bakken au Dakota du Nord et au Montana. Ce type de gisement requiert cependant plus de temps et une technique différente pour extraire le pétrole2. » Cette technique différente pourrait bien être la fracturation hydraulique : c’est la seule méthode connue à ce jour afin d’extraire le pétrole ou le gaz du substrat rocheux.

La formation de York River s’étend sur une bonne partie de la Gaspésie et se retrouve sur le territoire de la Vallée de la Matapédia, notamment à Saint-Léon-Le-Grand3. L’entreprise gazière Gastem souhaite faire deux puits exploratoires sur le territoire de cette même municipalité en affirmant bec et ongles que ce seront deux puits conventionnels. À la lumière des précédentes informations, au sujet de la formation géologique de York River (gisement non conventionnel), il apparaît essentiel de connaître dans quelle formation géologique l’entreprise veut forer au sein du territoire de la municipalité de Saint-Léon-Le-Grand. Tant et aussi longtemps que l’entreprise ne donnera pas les garanties et les certitudes scientifiques que ses forages ne sont pas non conventionnels, nous ne pourrons pas accepter les travaux d’exploration sur le territoire matapédien de même que sur aucune autre partie du territoire québécois.

L’adoption immédiate d’un moratoire complet sur l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures s’impose ainsi que la tenue d’une réelle consultation publique afin que le Québec se dote d’une nouvelle stratégie énergétique. La priorité doit être faite à la réduction de la consommation, à l’efficacité énergétique et au développement des énergies renouvelables pour et par des Québécois.

___________ 1. Tiré de L. Gay, D. Veillon, P. Le Tirant, J. Moulinier, P. Kerbourc’h, Manuel de fracturation hydraulique, Technip, 1972,  p. 256. (disponible en ligne) 2. Voir le site www.petroliagaz.com. 3. Tiré de R. Bertrand et M. Malo, Maturité thermique et potentiel roche mère des roches ordoviciennes à dévoniennes du secteur Matapédia-Témiscouata du Bas-Saint-Laurent, Québec, INRS - Centre Eau Terre Environnement, 2010. (disponible en ligne)
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