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Le Mouton Noir
 

Des prénoms épicènes

23 janvier 2012 – par André Gervais

« Est-ce que /Michel/ est /venu/ hier ? » Les deux mots qui sont ici entre barres obliques, il suffit de les entendre pour tout de suite, avant de répondre à la question, avoir à en poser une à son tour : « /Michel/, c’est un homme ou une femme ? » Si la question avait été lue plutôt qu’entendue, il n’y aurait pas eu d’ambiguïté : cela aurait été soit « Est-ce que Michel… ? », soit « Est-ce que Michèle [ou Michelle]… ? »

Mais il y a des prénoms qui, à l’oreille ou à l’œil, n’offrent pas de différence entre la forme masculine et la forme féminine. On dit alors qu’ils ont un double genre : qu’ils sont épicènes, « possédés en commun » (dit l’étymologie) par le genre masculin et le genre féminin.

Ainsi « Dominique /Michel/ » et « Dominique /Lévesque/ ». Que faire quand on ne sait pas qu’il s’agit de deux humoristes québécois et que le premier est une femme et le second un homme ?

Il y a plus étonnant encore.

Le grand succès sur disque de Dominique Michel, en 1957, est Su’l’perron (paroles et musique : Camille Andréa). En 1974, sur le premier album d’un groupe peu connu, Beau Dommage, il y a une chanson intitulée Montréal (paroles : Pierre Huet, musique : Robert Léger), dans laquelle on entend ceci : « Y a des quartiers où le mond’ veill’ sur le perron / Y a un bonhomm’ qui en a fait un’ bell’ chanson… » L’allusion est claire : qui n’a pas entendu la chanson « de » Dominique Michel ? Et qui ne sait pas, par ailleurs, que cette dernière a été l’épouse d’un joueur de hockey connu, Camille Henry, qui jouait pour les Rangers de New York ? Était-elle, ou non, déjà mariée quand elle a enregistré cette chanson ? On ne le sait plus trop. Quand Beau Dommage, qui est devenu « le » groupe québécois bien qu’il ne fasse plus de spectacles depuis 1978, accepte de « faire » le Forum en 1984 et d’interpréter ses grands succès ainsi qu’un autre grand succès des années 1950 (Le Rapide-Blanc), on peut entendre « Y a un’ bonn’ femm’ qui en a fait un’ bell’ chanson… » ! Que s’est-il passé ? Eh bien, il s’est passé qu’on a appris que le « Camille » (inconnu) de la chanson (célèbre) était, en fait, une « Camille ». La presque-coïncidence des deux « Camille » – elle en 1957, lui en 1958 – dans la vie et la carrière de Dominique Michel avait provoqué, dans la mémoire populaire, un court-circuit !