Powered by Max Banner Ads 
Le Mouton Noir
 
Les fables de Jean-Marcel de la Méthot

Le financier et le pouvoir

11 novembre 2011 – par Marcel Méthot

Adaptation commentée de la fable La Cigale et la Fourmi de Jean de la Fontaine.

Le Financier, s’étant servi

Sans Souci,

Se trouva fort embêté

Quand la Brèche fut créée :

Plus un seul petit million

Quotidiennement en action.

Il alla crier : « Câlisse »

Chez le Pouvoir son complice,

Lui priant de lui prêter

Quelques milliards pour subsister

Jusqu’à la fin des Niaiseries

« Je vous paierai, qu’il lui dit,

Au retour à la Normale,

Intérêt et principal »

Le Pouvoir est très Prêteur :

C’est là un de ses défauts.

— Que faisions-nous sur un Bateau ?

Dit-il à cet emprunteur.

— Nuit et jour à tout vendant

Je Trichais, que ça vous plaise

— Vous trichiez ? J’en suis fort Aise.

Eh bien ! Continuons maintenant.

Glossaire

Financier : Démiurge postmoderne convaincu de posséder, outre sa fortune et bon nombre de politiciens, la vérité sur ce qu’est une bonne société.

Souci : Sentiment de sympathie et de compassion pour ses concitoyens. Sensibilité à l’égard de l’environnement, de l’égalité, de la justice. Antonymes : ambition, compétitivité, réalisme, égoïsme, obéissance, « magouillocratie », performance, modernisme, efficacité, hot, in, chacun pour soi, « crossage ».

Brèche : Après le printemps arabe, des jeunes « indignés » sans chef occupent Wall Street et d’autres sites en Occident, sans but précis, motivés par la simple idée d’en finir avec l’idée que les idées du Financier soient les seules idées qui méritent d’être discutées lorsqu’il est question de se faire une idée sur les idées qui pourraient être discutées lorsqu’il est question de proposer des idées sur la façon d’organiser la société. Exemple : créer une brèche dans l’imaginaire pour libérer les pulsions humanistes.

Câlisse : Être en câlisse. État de celui (parfois celle) qui est en tabarnak. Exemple tiré des propos d’un Financier : « Je suis en câlisse parce qu’on est en train de donner le pouvoir aux pauvres, aux gauchistes, aux artistes, aux journalistes libres, aux marginaux qui nous lèchent pas les pieds, aux intellectuels sans laisse, aux juges pas corrompus, aux scientifiques non obéissants, aux gens honnêtes, bref, à des inexpérimentés. »

Pouvoir : À la solde du Financier, le Pouvoir, qu’il soit à la barre du gouvernement ou dans une pseudo opposition, est en quelque sorte un Messmer institutionnalisé dont la mission consiste à fasciner les « élespectateurs » pour éviter qu’ils s’éveillent. Intellectuellement parlant, le Pouvoir est un organe caractérisé par la faculté de n’être pas ce qu’il prétend être tout en prétendant officiellement être ce qu’il paraît être explicitement pour protéger ceux (parfois celles) qui sans le prétendre, sont vraiment ceux qui le sont, mais qui ne veulent pas qu’on le sache pour ne pas perdre ce qu’ils prétendent ne pas avoir tout en l’ayant.

Niaiseries : Tout ce qui contrevient au bon sens, que dis-je, à la Vérité du Financier. Autrement dit, propos tenus notamment par les pauvres, les gauchistes, les artistes, les journalistes libres, les marginaux qui ne lèchent pas les pieds, les intellectuels sans laisse, les juges pas corrompus, les scientifiques non obéissants, les gens honnêtes, bref les incultes de la chose financière.

Normale : Se dit d’une situation où les plus forts dominent les plus faibles, les plus riches dominent les plus pauvres, les plus mafieux dominent les plus honnêtes, les plus dociles dominent les plus rebelles, les plus corrompus dominent les plus travaillants, les plus stratégiques dominent les plus généreux, les plus menteurs dominent les plus altruistes, les plus bornés dominent les plus ouverts, les plus meilleurs dominent les moins plus bons.

Prêteur : Se dit d’un gouvernement qui prête généreusement l’argent des citoyens aux banquiers qui ont créé la situation désastreuse qui pourra se répéter et qui nécessitera que le gouvernement leur reprête généreusement l’argent des citoyens pour que ces banquiers recréent une situation désastreuse qui nécessitera que le gouvernement leur rereprête l’argent des citoyens et ainsi de suite. Certains parleront de Plan de relance.

Bateau : Haut lieu de prise des décisions oligarchiques qui concerne l’ensemble de la société. Parfois, le bateau est remplacé par un chalet à Davos, par un luxueux bureau au FMI, par une salle de réception à Wall Street, par une rencontre ministérielle dans un gouvernement, par une réunion au sommet entre chefs d’État, mafieux, hommes d’affaires et conseillers en communication dans une toilette publique, et ainsi de suite.

Tricher : Art de faire malhonnêtement des affaires très lucratives en prétendant œuvrer pour le bien de la communauté. Aussi, art de défendre les Tricheurs sur la place publique. En ce sens, un ancien premier ministre unijambiste dont je tairai le nom pour qu’il ne soit pas identifié maîtrise parfaitement cet art.

Aise : Sentiment de bien-être. Exemple tiré des propos d’un premier ministre dont il est préférable de taire l’identité considérant qu’il a déjà assez de pression sur les épaules ces jours-ci à cause des tannants qui n’arrêtent pas de le tanner pour qu’il mette sur pied une commotion d’enquête pudique sur les abnégations de collision dans l’immonde de la constriction  : « Je vous assure que le gouvernement va étudier sérieusement la question. »

Marcel Méthot est chanteur de Fables d’Eux, slameur, chargé de cours en psychosociologie et travail social à l’UQAR.