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Le Mouton Noir
 

Le fameux « de » (II)

1 juillet 2009 – par André Gervais

Y a-t-il quelque différence entre, disons, « une chanson de Félix Leclerc » et « une chanson de Ginette Reno »? Je ne parle pas, ici, de qualité (ou de popularité), mais de syntaxe!

À première vue, aucune différence : c’est la même structure (une chanson de X, de Y). Encore faut-il savoir qui est Leclerc et qui est Reno. Quand on le sait, on sait, entre autres choses, que le premier est auteur-compositeur-interprète (et reçoit des droits en tant qu’auteur et en tant que compositeur), que la seconde est interprète. Le de, dans le premier cas, est un de d’appartenance : les chansons sont de lui, viennent de lui, ont été écrites et composées par lui. Le de, dans le second cas, est un de de détermination : les chansons qu’alors on lui a imposées ou que depuis longtemps maintenant elle choisit dans celles qu’elle a demandé qu’on lui écrive ou qu’on lui offre, dans celles qu’elle aime du répertoire des autres, déterminent les contours de son répertoire, reconfiguré plusieurs fois, il va sans dire, depuis les années 1960.

Le de, malgré les apparences, masque une distinction essentielle : pour que Z puisse dire qu’elle chante « une chanson de Ginette Reno », il faut absolument que cette chanson fasse partie du répertoire de Ginette Reno. Et on peut redouter que Z tente, en plus, d’imiter l’interprétation (le phrasé, la puissance vocale, etc.) de Ginette Reno! Tandis qu’« une chanson de Félix Leclerc » reste une chanson de Félix Leclerc, qu’elle ait été enregistrée ou non par lui.

X peut n’être qu’un auteur qui n’est pas interprète (comme Luc Plamondon), qu’un compositeur qui est aussi interprète (comme Gerry Boulet), la distinction essentielle, peu importe la configuration, guette.