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Le Mouton Noir
 

La fausse coïncidence

1 janvier 2009 – par André Gervais

Il y a, en français, deux noms adresse : celui qui désigne l’ensemble des coordonnées d’un domicile (premier nom) et celui qui désigne l’habileté (deuxième nom). Mais il n’y a qu’un verbe adresser : adresser une lettre, un courriel à (sens du premier nom), adresser un compliment, un reproche à (extension du sens du premier nom), s’adresser à (dans l’un ou l’autre cas).

Parce qu’on pense que journée, cela doit probablement se dire journey en anglais, et parce que l’arrivée à la chambre qu’on loue dans un Journey’s End coïncide pour soi avec la fin d’une longue journée de route, il est possible qu’on croie que le découpage et la nomination de la réalité, dans le passage d’une langue à l’autre, sont exactement ceux-là. Or journey dans Journey’s End « fin du voyage [et non de la journée] » joue le même rôle que to address dans to address an issue « aborder [et non adresser] un problème ». Et on voit bien, par ailleurs, que issue ne se traduit pas en français par issue!

On peut aborder quelqu’un en lui adressant un compliment, on peut s’adresser à un spécialiste pour aborder un problème. On constate alors plus facilement que les phrases désignant ces deux gestes ne coïncident pas, n’ont jamais coïncidé, en fait. Ainsi en est-il, dans une langue, de ce découpage et de cette nomination.